Le 1er Bataillon du Génie

par 1DFL

« Souvent construire, Parfois détruire, Toujours servir »

Le parcours

Partie des Alpes en mars 1940 pour constituer le corps expéditionnaire de Scandinavie, la 1ère Division Légère de Chasseurs comportait un élément du Génie de la valeur d’une compagnie fournie par le 4e Régiment du génie de Grenoble.

Débarquées fin avril 1940 à Namsos, ces unités sont ramenées fin mai 1940 à Brest d’où elles rembarquent le 17 juin pour l’Angleterre où elles retrouvent les autres unités évacuées de Dunkerque.

Des éléments issu issue du 4ème R.G., dont le sous-lieutenant Desmaisons sont les premiers sapeurs qui répondent à l’Appel du Général de Gaulle. Ils sont rejoints, début juillet 1940 par d’autres sapeurs provenant d’autres unités puis par quarante-cinq jeunes (dont un tiers de Bretons) ayant réussi à fuir la France devant l’invasion Allemande ou dans les premiers jours de l’occupation. Sous le commandement du sous-lieutenant Desmaisons, cette grosse section   constitue   la « 1ère Compagnie du Génie des Forces Françaises Libres ». Le 31 août 1940, elle quitte l’Angleterre pour l’Afrique au sein de la 1ère Brigade Française Libre commandée par le Colonel Magrin-Verneret dit « Monclar. ».

Erythrée

Après le ralliement de l’Afrique équatoriale française et l’échec de Dakar (23 septembre 1940), cette unité du Génie est réduite à une section de quarante Sapeurs, certains d’entre eux ayant été envoyés à l’Ecole des Elèves Officiers de Brazzaville. Fin décembre 1940, cette section quitte Douala par mer avec la Brigade Française d’Orient. Par mer, via le Soudan Egyptien, elle gagne l’Erythrée où, du 20 février au 10 avril 1941, elle participe à la campagne victorieuse contre les Forces Italiennes, à Kéren et à Massaouah.

Le 4 avril 1941, au prix d’efforts acharnés, les Sapeurs dégagent en un temps record les itinéraires Dembe-Ghinda et Dembe-Doghali (pistes, déminage) permettant la jonction rapide de la 10e Brigade  Britannique (5ème Division Indienne) et de la Brigade Française d’Orient venant de Dembe pour l’assaut final sur Massaouah.

Par mer de Massaouah à Suez, puis à travers le Sinaï, avec la B.F.O., le Génie, aux ordres du Lieutenant Desmaisons rejoint Qastina, en Palestine, où se regroupent les unités ce qui va devenir la 1ère Division Légère Française Libre.

Free French Forces – Western Désert 1941-1943

A partir de la mi-juillet 1941, après la campagne de Syrie, plusieurs unités du Génie sont constituées au Levant avec des volontaires issus de la population civile locale (français ou Libanais et Syriens) et des cadres militaires ralliés à la France Libre dont certains avaient été emprisonnés pour « gaullisme », des officiers, plusieurs sous-officiers ainsi que de nombreux sapeurs déjà instruits (dont des nord-africains) provenant de l’Armée du Levant ou du 33e Bataillon du Génie.

Certaines de ces unités seront utilisées sur place à des travaux de renforcement des défenses côtières du Liban au profit des F.N.F.L. ou d’aménagement d’aérodromes pour les F.A.F.L. mais la plupart est destinée à participer aux combats en Libye dans les rangs des Brigades ou Divisions Légères que le Haut Commandement projette alors de créer.

C’est le cas de la 1ère Compagnie du Sapeurs Mineurs qui, recomplétée à Damas à environ 130 hommes (section du commandement, section atelier et trois sections de combat) est commandée par le Lieutenant puis Capitaine Desmaisons.

Avec une section de Parc aux ordres d’un Lieutenant, cette 1ère Cie constitue le « Génie divisionnaire FFL » commandé par le Capitaine Gravier et quitte Homs le 31 décembre 1941 avec la 1ère Brigade Française Libre pour l’Egypte puis la Libye (Cyrénaïque), successivement à Halfaya (15 janvier 1942), Mechili (25 janvier 1942), Ghazala (5 février 1942), et enfin le 14 février 1942 à Bir Hakeim dans le désert libyen sur le flanc gauche de la Vlllème Armée Britannique.

Les sapeurs organisent la position de Bir Hakeim : champs de 130.000 mines A.C. et A.P., P.C., abris, tranchées, emplacements de tir. En tenant un point d’appui du quartier sud-ouest du Bataillon du Pacifique, la 1ère Cie de Sapeurs Mineurs, participe du 27 mai au 10 juin à l’héroïque défense de ce centre de résistance, et à la sortie de vive force du 11 Juin, au prix de très lourdes pertes (53 tués, disparus ou prisonniers sur un effectif initial de 128), avant d’être ramenée au Liban.

Elle en revient en octobre 1942 pour participer aux combats de l’Himeimat (23, 24 octobre) où elle ouvre des brèches dans les champs de mines, sous le feu, en avant de l’infanterie et des chars.

Une 2ème Compagnie, formée en octobre 1941 à Homs, est réorganisée en mars 1942 en compagnie de Sapeurs Mineurs puis dirigée sur l’Egypte où, à partir du 21 Juillet 1942 elle relève à El Alamein à la 1ère Brigade Française Libre, la 1ère Cie de S.M. jusqu’au retour de celle-ci en octobre.  Restée en Egypte Occidentale cette 2ème Cie S.M. est alors affectée à la 2ème Brigade F.L. avec laquelle elle participe, dans des secteurs fortement minés, aux combats d’El Alamein et Alam el Halfa (octobre – novembre 1942) et y subit des pertes sévères avant d’être relevée fin novembre par la 6ème Cie S.M.  Cette 2ème Cie S.M. est affectée en août 1943 à la 2ème Division Française Libre envoyée à Tamara au Maroc pour être transformée en 2eme D.B.  

Constituée à Damas au début de 1942, avec des Libanais et des Syriens Alaouites une 3ème Compagnie de sapeurs Mineurs est affectée en avril 1942 à la 2ème Brigade, à Bardia en Cyrénaïque avant de devenir au début de 1943 la 6ème Cie S.M. commandée par le Lieutenant Tissaire.

En plus de ces unités initialement employées au sein des F.F.F.W.D. (Free French Forces – Western Désert) dans le cadre de la Vllle Armée Britannique, le Génie F.F.L.  a aussi compté en 1941 une Compagnie de Parc, à Beyrouth, transformée en 1942  en 4ème Compagnie de Sapeurs Mineurs (Syriens et Nord-Africains) destinée à être affectée à  une 3eme Brigade projetée mais non réalisée.

Cette 4ème Cie S.M. est finalement envoyée en Egypte, où, renforcée en septembre 1942 du Groupe Atelier (Sergent Ozanne) de la 1ère Cie S.M., elle devient la 5ème Cie S.M. et est ramenée au Liban. Rebaptisée 4ème Cie S.M. cette unité rejoint la 1ère DFL au début de Juillet 1943.

D’octobre à fin décembre 1942, un cours d’élèves Officiers est organisé à Beyrouth.

Au printemps de 1943 le regroupement en Cyrénaïque des 1ere et 6ème Compagnies de S.M. et d’une Compagnie de Parc (cdt Roseneck) formée à Beyrouth en janvier 1943, constitue le Premier Bataillon du Génie (Chef de bataillon Gravier) et l’Etat-Major du Génie Divisionnaire de la 1ère Division Française Libre, elle-même formée par la réunion des 1ère et 2ème Brigades Françaises Libres.

La DFL doit cependant attendre encore aux environs de Gambut jusqu’au 18 avril 1943 pour être enfin engagée à nouveau, cette fois en Tunisie, où, à partir du 2 mai 1943, elle participe à Takrouna aux derniers combats en Afrique.   Depuis le milieu de 1943, le Génie se réorganise et s’entraîne à l’utilisation des matériels nouveaux, d’origine américaine.

Italie

Lorsque la 1ere DFL arrive sur le front de Garigliano, dès le déclenchement de l’attaque du 10 mai 1944, le Génie entreprend les tâches habituelles d’accompagnement des autres armes et intervient pour dégager des champs de mines et faciliter le franchissement des brèches sur les itinéraires. Il lance également un pont flottant léger sur le Garigliano.

Dans la progression vers Pontecorvo le 1e Bataillon du Génie aide au dégagement de la route qui suit le Liri et le rio Forma Quesa, il rétablit le passage sur cette rivière et démine les itinéraires aux abords de Pontecorvo.

Au cours de la progression vers Rome qui aboutit à l’entrée d’éléments de la 1ere DFL à Tivoli le 7 juin, le Génie continue à assurer son rôle de rétablissement des communications et en particulier, lance pour la première fois un pont Bailey à Campanelle.

La poursuite au-delà de Rome, après Viterbe, amène le Bataillon à traverser de nombreuses rivières qui, à cette époque de l’année, n’ont que peu d’eau.  Leur franchissement est assuré, la plupart du temps, par des déviations aménagées grâce aux bulldozers qui font merveille, quelques ponts Bailey ou Steel Treadway sont cependant utiles, en particulier près de Montefiascone. La variété des nouveaux modèles de mines et les pièges empêchent malheureusement, parfois, d’éviter quelques accidents.

Campagne de France

En août 1944, le Génie Divisionnaire, débarqué en France dans la région de Cavalaire, ne dispose au début que de peu de matériel, mais il fait face à la situation. Les destructions ne sont pas très nombreuses et les cours d’eau sont à peu près à sec.

Après l’occupation de Toulon, la 1ère DFL entre dans un groupement chargé d’opérer sur la rive droite du Rhône et nos sapeurs participent aux franchissements de cours d’eau. Ils établissent un pont en charpente sur le canal de Craponne et un pont flottant sur la Durance près du pont détruit de Rognonas. Ensuite ils aménagent les appontements pour le passage par portières de péniches à Arles : ils assurent, par leurs moyens organiques un passage discontinu sur le Rhône à Aramon.

A partir du 1er septembre 1944 deux compagnies accompagnent les groupements tactiques sur la rive droite du Rhône et la 3e compagnie accompagne le 1e Régiment de Fusiliers Marins sur la route nationale 86 vers Lyon assurant le dégagement de la route et le franchissement de plusieurs brèches. Elle permet le passage de la Saône à Lyon sur deux ponts mal détruits et établit un passage sur le pont Wilson sur le Rhône.

Vers la mi-septembre 1944, le Génie Divisionnaire se regroupe dans la région de l’Isle sur le Doubs. Les trois compagnies de S.M. du Bataillon du Génie participent à l’avant, avec les unités d’infanterie à des actions offensives ou défensives locales.

La compagnie 1/1 participe aux avances sur les hauteurs au nord de Ronchamp exécutant des déminages, des enlèvements d’abattis, des constructions de ponts et de passerelles, des aménagements de pistes et des poses de mines. A partir du 14 octobre dans la vallée de Fresse, elle aménage des pistes en montagne et exécute des opérations de déminage en avant de l’infanterie. En fin octobre elle lance des ponts à Lure et Mélisey.

La compagnie 1/2 participe aux opérations de contact dans la région de l’Isle sur le Doubs puis dans la vallée de Fresse, elle aménage des pistes enlève des mines et des abattis, construit des obstacles jusqu’à la vallée de la Moselotte.

La Compagnie 1/3 participe aux opérations de contact entre Athenans et les hauteurs de Ronchamp puis dans le secteur nord (Servance) et la vallée de Fresse.

Tous leurs travaux sont exécutés sous une pluie incessante qui provoque boue et inondations.

Le 19 novembre 1944, la 1ère DFL entre en action en direction de Masevaux. Le Génie rencontre de nombreuses mines dans les régions de Ronchamp. Champagney, Ballon d’Alsace et Bourbach. Des passages de rivières sont réalisés : passage du Rahin à Champagney par un pont Bailey, passage sur des ouvrages détruits à Plancher-Bas, Rougegoutte, Giromagny et Masevaux. Des ponts de charpentes sont construits sur certains cours d’eau.

En décembre 1944, la DFL est relevée dans les Vosges, elle fait une courte apparition dans le secteur de Royan et elle se retrouve le 1er janvier 1945 dans le secteur Sélestat-Erstein.

Du 4 au 18 janvier, les trois compagnies du 1er Bataillon renforcent les obstacles dans la plaine d’Alsace, de nuit comme de jour, dans la neige, par un froid atteignant -15 et les pertes du Génie sont élevées.

Jusqu’au 22 janvier la période défensive est surtout marquée pour le Génie par l’aménagement de dispositifs de destruction sur des coupures (Canal du Rhône au Rhin et III autour d’Obenheim) puis la destruction des ponts de Kraft, Sand et Benfled et des passerelles, après le passage des éléments qui parviennent à se replier ainsi que la pose de plusieurs milliers de mines Antichars qui ne peuvent être enfouies dans le sol gelé en surface mais seulement dissimulées dans la neige épaisse.

L’offensive de Colmar se prépare et le 1er Bataillon du Génie étudie les passages de très nombreux cours d’eau et canaux sur les axes Saint-Hippolyte-Ohnenheim et Guemar-Eisenheim. Il sera renforcé par des éléments d’Armée (Bataillon 1/17, sections du 13e Btn du G 6e Btn, camions Brockway américains, etc…).

Sur l’axe principal dans la nuit du 23 au 24, malgré des tirs ennemis incessants un Bailey simple de 150 pieds (45 m) est superposé à Illhaeusern, au pont de bois sur pilotis solides dont seule la travure a été gravement endommagée par les obus.

Le 27 janvier 1945, la 998e Cie U.S, arguant de la proximité de l’ennemi devant Grussenheim, refuse de placer deux paires de ses Treadway sur les 5 mètres de brèche de la Blind dont le passage doit être livré à nos chars  à l’aube du lendemain. Une section de la 1/2 et une autre de la 17/2 tentent dans la nuit du 27 au 28 de lancer un Bailey. Le bruit du déchargement du matériel déclenche une concentration d’artillerie ennemie qui provoque la mort des deux officiers chefs des sections, celle de vingt sous-officiers et sapeurs, et vingt-trois  blessés graves.

Aussitôt deux autres sections (une de la 1/2, une autre de la M12) dégagent le chantier et placent rapidement deux paires de Treadway fournies par le 96e B.G., en sorte que le passage est livré aux chars dès 7h 30 le 28 janvier.

Au total, le rétablissement des itinéraires dans le secteur de la  DFL au Nord de Colmar, a nécessité la mise en place de 19 ponts (6 Bailey, 10 Treadway et 3 ponts de charpente).

Les Alpes et l’Authion

Le 12 mars 1945, la DFL prend position dans le secteur des Alpes-Maritimes, de Menton au col des Fourches. Pour l’attaque du massif de l’Authion, deux compagnies du Génie assurent le rétablissement des itinéraires de la Division et la troisième accompagne l’infanterie pour l’attaque des forts de l’Authion.

Entre Sospel et Breil, le Génie aménage rapidement au bulldozer le passage d’une brèche dans la montée du coi de Brouis et de trois autres dans la descente. Entre Breil et Fontan les brèches sur la Roya sont trop importantes pour être aménagées rapidement. Toutefois une piste peut être tracée au bulldozer empruntant la route nationale puis montant par une pente assez douce jusqu’à la plate-forme de la voie ferrée (il faut déposer celle-ci) puis redescendant, vers Saorge sur la route par une pente assez raide. La Roya est ensuite franchie une première fois par un pont Bailey puis une deuxième fois par la construction d’une passerelle.

Entre Fontan et San Dalmazzo Di Tenda on emprunte la route et la voie ferrée (en traversant par un tunnel hélicoïdal). Un pont de charpente est ensuite construit avec l’aide de main-d’œuvre civile.

A l’autre extrémité du secteur de la Division, une attaque commence le 25 avril 1945 à Isola. Le Génie organise une piste pour rejoindre la route italienne qui monte au col de la Lombarde. Sur la face nord de ce dernier, plusieurs mètres de neige sont dégagés au bulldozer sur plus de trois kilomètres pour permettre aux véhicules de descendre dans la vallée de la Stura Di Démonte en direction de Borgo San Dalmazzo et de Coni.

Au-delà de la limite de la Division le Génie prête également main forte à l’unité voisine pour l’attaque du col de Larche par la vallée de l’Ubaye.

La seule campagne de France a coûté au 1er Bataillon du Génie, 37 tués dont 4 officiers, 29 disparus et 150 blessés graves Evacués dont 6 officiers soit un total de 216 hommes, représentant 31 % de l’effectif de 670 au débarquement en Provence.

De juillet 1940 à mai 1945, le total des pertes s’élève à 144 tués ou disparus et à plusieurs centaines de blessés.

Opérations

1ère section : Erythrée (Keren, Massaouah). Compagnie Cyrénaïque, Libye (Bir-Hacheim, l’Himeimat). Génie divisionnaire et 1er Bataillon du génie : Tunisie (Djebel Zaghouan) ; Italie (Garigliano, Pontecorvo, Tivoli, Montefiascone, Radicofani ; France (Toulon, Vosges, Ronchamp, Giromagny, Masevaux, etc.) ; défense de Strasbourg (Obenheim, Benfeld, … offensive de I’III (Illhaeusern, Grussenheim,); Alpes (l’Authion, l’Ubaye, col de la Lombarde, la Roya).

Insigne

En Libye en avril 1943, le sous-lieutenant Gaussen, un des chefs de section de la 6e Compagnie, fit peindre sur les portières des véhicules de son unité, avec les moyens du bord, un emblème particulier : sur fond blanc rectangulaire étaient appliqués au pochoir successivement, une croix de Lorraine bleue, puis s’y accrochant, le symbole de l’Arme, le pot-en-tête et la cuirasse, en rouge. Aussi lorsque le commandant Tissier demanda au sous-lieutenant Gaussen de créer un insigne pour le Génie de la 1e D.F.L, s’inspira-t-il tout naturellement du dessin précédent : il réalisa sa maquette et, celle-ci adoptée, fit frapper les exemplaires métalliques par une maison du Caire en novembre 1943.

Distinctions - Citations

Croix de guerre 39-45 avec palme
Six Compagnons de la Libération sont issus du Génie de la 1ère D.F.L.

Sources & Remerciements

d’après : Les sapeurs du Génie de la première division française libre 1940-1945, par Jean Fontana – Les Français Libres et leurs emblèmes par B. Le Marec, éd Lavauzelle.

 

Les autres unités