Le parcours
Parmi les Unités mises sur pied en Angleterre en juillet-août 1940 figurait la 1e Compagnie du Train dont les cadres provenaient de la 802e Compagnie du Train du Corps expéditionnaire de Norvège. La troupe avait été en majorité recrutée parmi les jeunes gens évadés de France Les plus jeunes avaient seize ans, le plus âgé n’avait pas vingt ans, aucun ne possédait la moindre formation militaire, à peu près aucun ne savait conduire.
L’unité sera de toutes les campagnes des Forces françaises libres de Dakar à l’Authion.
De Dakar au Cameroun
Le 31 août 1940, le général de Gaulle et l’expédition française vers Dakar quittent Liverpool à bord des deux paquebots hollandais Westerland et Pennland, qui embarquent les troupes, dont une compagnie du Train sous les ordres du capitaine Parazols.
Après l’échec de Dakar, le 9 octobre 1940, alors que le Cameroun vient de se rallier à la France Libre l’expédition gagne Douala après avoir touché Freetown, capitale de la Sierra Leone, où elle embarque sur de petits caboteurs susceptibles de pénétrer dans le Wouri, rivière de Douala.
Le 9 octobre, Douala est atteint. A quelques kilomètres, le Train cantonne au camp de Bassa.
Suite à l’arrivée du cargo amenant les véhicules une école de conduite, sur les pistes de la forêt vierge autour de Douala complète l’instruction théorique qui avait été donnée en mer.
Le 2 décembre 1940, est créé le 1er escadron du train, sous le commandement du capitaine Parazols avec deux compagnies : la première, commandée par le lieutenant Jean-Pierre Dulau, ancien adjoint de la 802e compagnie en Norvège ; la seconde, commandée par le lieutenant de réserve Robert Dubois. Elles ont chacune la même composition : deux officiers, dix sous-officiers, 80 hommes de troupe dont une dizaine d’anciens de la 802e compagnie et 70 jeunes de 17 à 19 ans, évadés de France, sans aucune formation mais avec un moral exceptionnel.
Le 6 décembre, le capitaine Parazols est nommé inspecteur automobile des forces françaises d’Afrique. Le 12 décembre, la 2e compagnie lieutenant Dubois est dirigée par voie ferrée vers Yaoundé, capitale du Cameroun, avec tout son personnel
Campagne d’Érythrée
Deux mois plus tôt, avait été formée à Douala la Brigade Française d’Orient sous le commandement du colonel Magrin-Vernerey, dit Monclar, destinée à participer à la campagne d’Érythrée. Elle comprend la 1e Compagnie du train (80 Français sous les ordres du lieutenant Dulau et 20 Camerounais), une section d’artillerie, une section du Génie et le BM 3 (bataillon de marche du Tchad).
La compagnie du lieutenant Dubois monte vers le Tchad. La compagnie Dulau embarque à Douala le jour de Noël 1940 pour Freetown, où de petits caboteurs côtiers vont, le 5 janvier, la livrer au grand transport de troupes anglais Neuralia qui l’amènera à Port-Soudan. Les deux compagnies ne se retrouveront jamais. Les véhicules de la 1ère compagnie sont embarqués à Douala sur le cargo Fort-Lamy, qui fera route avec le Neuralia.
Le 14 février, après escale à Durban, le Neuralia parvient à Port-Soudan, dans la mer Rouge. Un petit train conduit la compagnie à Suakim, à la porte de l’Érythrée en traversant un désert de sable, peuplé d’arbres rabougris et de tentes de nomades. Le 21 février, le Fort-Lamy arrive à Port-Soudan où les hommes reviennent prendre possession de leurs véhicules.
La logistique va jouer un rôle déterminant dans les campagnes d’Érythrée et du Western Desert, et les conducteurs du Train vont grandement contribuer au succès des opérations.
Cub Cub venant d’être pris le 22 février par le BM 3, le colonel Monclar demande au lieutenant Dulau de se trouver le 1er mars à Marsa Taklai, petit port à 160 kilomètres au Nord de Cub Cub.
Le lieutenant Dulau, seul officier de sa compagnie, avec un conducteur par véhicule, ses camions à peine débarqués, va transporter les éléments présents de la Brigade d’Orient sur 400 km de pistes difficiles et sablonneuses, leur permettant de participer à la prise de Keren.
Le Train gagne le 3 mars Marsa Taklai, où le bataillon de Légion étrangère vient d’arriver, par une piste épouvantable sur les 10 derniers kilomètres franchis, en trois ou quatre heures.
Le lieutenant Dulau dirige ensuite les transports de la colonne motorisée de la 13e Demi-Brigade de Légion Etrangère sur 250 km de mauvaises pistes minées.
Un voyage aller-retour a lieu tous les quatre jours et chaque jour, le ravitaillement en eau de la brigade avec nos cinq citernes.
Le 16 mars : changement de bivouac pour l’Oued des singes à 30 kilomètres de Keren.
Le 22 mars : départ de deux sections pour Marsa Taklai pour y chercher une compagnie du 1er Bataillon d’Infanterie de Marine.
Le 23 mars : embarquement – retour ; 475 kilomètres en quarante-deux heures.
Le 26 mars : on parle d’une deuxième attaque sur Keren.
Le lieutenant Dulau va voir le colonel Monclar. « Mon Colonel, la compagnie est en ébullition, une petite révolution ; les conducteurs veulent absolument participer à la bataille. » Il obtient son accord pour la participation de 14 hommes qu’il désigne au hasard des bras levés…
Si leur contribution succès de l’attaque reste modeste, le moral de l’unité, déjà très haut, atteint les sommets.
Le 27 mars, la résistance italienne s’effondre avec la prise de Keren et les Italiens se replient vers Asmara. Les Français ont fait prisonniers une cinquantaine d’officiers et près de 1 200 hommes.
Le 30 mars, dans la région de Chelamet, le général de Gaulle, accompagné de son chef état-major, le colonel Brosset, vient, au cours d’une émouvante cérémonie, féliciter la brigade.
La nouvelle mission reçue du commandement britannique est de contourner Asmara, capitale de l’Érythrée, par un large mouvement tournant qui emprunte la piste côtière conduisant à Massawa, le grand port de la colonie pour le transport en deux échelons, celui du bataillon de Légion et la compagnie d’Infanterie de marine ; tous les véhicules y participant, avec munitions, eau, essence en quantités suffisantes. Après le débarquement à Massawa, retour au plus vite pour transport du BM.3 avec en queue de colonne, trois citernes d’eau et un camion d’essence.
Le 2 avril à 5 h : départ de la compagnie avec le bataillon de Légion à la poursuite des Italiens en retraite et atteinte de la remarquable route goudronnée Asmara-Massawa, à une dizaine de kilomètres de cette dernière ville.
Le 5 avril : les conducteurs sont épuisés. Après cinq heures de repos, une deuxième rotation part chercher le BM3 qu’il trouve sur la piste après 150 à 175 kilomètres de route. Les tirailleurs saras se sont mis en route, derrière leurs cadres, à pied, pour ne pas manquer l’attaque de Massawa. La compagnie reprend la piste au plus vite. Cette performance vaudra à six conducteurs choisis parmi les plus méritants une citation à l’ordre de la brigade « pour avoir permis l’investissement de Massawa quarante-huit heures avant les colonnes britanniques arrivant par la grande route Asmara-Massawa… »
Il était temps que cette campagne de transports s’achève. Les conducteurs sont totalement épuisés et les véhicules sont tout aussi mal en point.
La campagne d’Érythrée se termine par la prise de Massawa le 7 avril. La compagnie se rend alors au camp de prisonniers choisir 40 mécaniciens et spécialistes divers pour remettre en condition ses véhicules.
La campagne de Syrie
A la formation de la Division française libre en Palestine, avant l’intervention en Syrie, la 1e Compagnie du Train prend l’appellation de 101e Compagnie Auto.
Dirigée sur le camp de Qastina en Palestine, elle assure le transport de troupes et de matériels pour la brigade française libre durant la campagne de Syrie.
Pendant toute la campagne de Syrie, entre le 7 juin et le 1er septembre 1941, la compagnie n’a de cesse de transporter troupes et matériels en tous points des territoires de Syrie et du Liban, atteignant les agglomérations les plus lointaines telles que Deir-Ez-Zor, Alep, Kemechlié à la frontière turque, Lattaquié, jetant au passage un coup d’oeil rapide sur les ruines de Baalbeck et Palmyre, sur la grande roue élévatrice des eaux de l’Oronte à Homs, ville qui fut leur dernière garnison en Syrie.
Au cours des combats, l’unité rallia une petite section de 17 conducteurs indochinois avec leur chef, l’adjudant Thin.
La campagne de Syrie a coûté à la compagnie deux conducteurs tués à leur volant suite au strafing d’avions ennemis sur la route Transjordanie-Damas, deux conducteurs blessés et évacués au même motif et un sous-officier décédé à l’hôpital de Damas.
Campagne de Libye et Bir Hakeim
Jean-Pierre Dulau est promu capitaine le 1er juillet 1941. L’unité se compose alors de 4 officiers et de 350 sous-officiers et hommes de troupe, dont 150 européens : parmi ceux-ci, 80 jeunes partis d’Angleterre qui ont déjà participé aux campagnes d’Érythrée et de Syrie. Dispersés dans toutes les sections, ces « jeunes vétérans » sont l’élément fédérateur de l’unité. Et 200 représentants de tous les territoires de l’Empire, dont la plupart ont rallié les Forces françaises libres en Syrie.
L’unité est incorporée à la VIIIe armée britannique le 25 décembre 1941. Elle participe aux combats de Marsa Matrouh en Cyrénaïque puis à la défense de Bir-Hakeim en mai et juin 1942.
Partie du camp de Daba en Égypte, la compagnie arrive en Libye le 15 février 1942 avec la 1re Brigade Française Libre commandée par le général Kœnig, et elle va s’illustrer dans les combats de Bir-Hakeim.
Dans le désert de Libye, face aux attaques aériennes contre les convois et les rencontres inopinées avec des véhicules ennemis, le capitaine Dulau crée une section de camionnettes d’escorte équipées de mitrailleuses jumelées de 13,2 mm.
La compagnie transporte les impedimenta et munitions de la brigade, puis est envoyée à El-Adem, à une trentaine de kilomètres de Tobrouk, en raison de l’obligation qui va lui être faite d’acheminer à Bir-Hakeim tout ce qui est indispensable à la mise en état de défense de la position : mines, poteaux de mines, fil de fer barbelé, munitions, etc., Peu de temps après son arrivée à El-Adem, la compagnie est équipée de camions américains Chevrolet.
L’organisation des travaux de défense à Bir-Hakeim terminée, la compagnie intervient surtout pour des transports à la demande de munitions, d’essence, et une servitude journalière, le ravitaillement en eau.
La ration quotidienne, fixée par le commandement britannique en fonction du débit, de la réserve du puits de Tobrouk, le seul existant, était de 5 l par jour ; cette ration devait couvrir les nécessités de la cuisine, l’eau de boisson, les soins de propreté.
Chaque unité disposait d’une dotation d’emballages d’une capacité unitaire d’environ 4 gallons (20 litres), théoriquement 4 jours d’eau. En moins d’un mois, la compagnie récupère, répare, et installe quatre cuves supplémentaires sur camions Chevrolet.
Début mai, la compagnie quitte le bivouac d’El-Adem, et se porte à Bir Bou Maafès, à une trentaine de kilomètres de Bir-Hakeim où sont regroupés, sous l’autorité du 4e bureau de la Brigade, la plupart des véhicules des échelons B ; soit un total d’environ 7 à 800 véhicules.
Le 26 mai, veille de l’attaque des troupes de l’Axe, l’aspirant Renault reçoit pour mission de flécher un itinéraire de repli éventuel entre Bir-Hakeim et El-Gobi. Il rentre dans la soirée, n’ayant pu effectuer le tronçon Bir Bou Maafes- Bir-Hakeim ; ce qui sauve providentiellement de la destruction les échelons B de la brigade. En effet, parti le 27 mai à 5 h 30 pour achever sa mission, l’aspirant Renault revient à 6 heures et annonce au commandant Thoreau qu’il a vu des chars allemands entre Bir-Hakeim et Bir Bou Maafes. Il fallut peu de temps pour sauver l’essentiel et lorsqu’ à 7 heures, dans la plus grande hâte, les unités démarraient vers l’est, les chars allemands étaient nettement visibles ; ils saluèrent leur départ de quelques obus, heureusement sans résultats sérieux. Grâce au préavis donné par l’aspirant Renault, les échelons B de la brigade avaient échappé à un terrible danger.
Suite à l’encerclement de la position de Bir Haheim, la compagnie va jouer un rôle essentiel en forçant le blocus ennemi pour ravitailler les assiégés, tel le maréchal des logis Legouriérec, chef de convoi de 15 camions et citernes qui a, dans la nuit du 8 juin 1942, forcé l’encerclement de la position de Bir-Hakeim et fut tué plus tard au cours de la sortie de vive force.
La compagnie récupéra ensuite dans le désert les survivants du siège après la sortie, tel le soldat Fournier de la Barre.
Le Train perdit un dixième de ses effectifs dans la bataille de Bir Hakeim.
Le rôle de la 101e compagnie sera ensuite davantage traditionnel qu’épique.
Après la campagne d’Egypte et la percée d’El Alamein en octobre 1942, lorsque les deux brigades françaises libres se soudèrent, la 101 Compagnie Auto, de la 1re Brigade et la 102e Compagnie Auto de la 2e Brigade formèrent le 1er Escadron du Train.
Après la campagne de Tunisie, le 1er Escadron du Train fut porté à trois compagnies par l’adjonction de la 103e Compagnie auto, formée d’éléments venus de l’Afrique du Nord.
Campagnes d’Italie et de France
Le Train participe aux campagnes d’Italie et de France au cours desquelles le commandant Dulau fait de nouveau la preuve de ses hautes qualités de chef et d’organisateur lors des dernières opérations qui conduisent la division à franchir les Alpes.
Opérations
Angleterre, Sierra Leone, Cameroun, Gabon, Congo, Oubangui, Tchad, Soudan, Erythrée, Egypte, Palestine, Transjordanie, Liban, Syrie, Libye, Bir Hakeim, Tunisie, Algérie, Maroc, Italie et France.
Insigne

L’emblème, dessiné par un officier de la 1e Compagnie du Train, avait d’abord été peint
sur les véhicules de l’unité ; puis l’insigne métallique fut réalisé par des artisans de Beyrouth en 1941,
avec la roue dentée peinte en bleu. Sur cet insigne, les trois couleurs de l’écu sont disposées
obliquement. Par contre, sur les insignes fabriqués plus tard par Drago, les trois couleurs sont
devenues verticales et la roue dentée est de couleur différente pour chaque compagnie. Selon la
tradition, elle sera toujours bleue pour la 101e Compagnie, rouge pour la 102e et jaune pour la 103e.
(Les Français Libres et leurs emblèmes par B. Le Marec. Ed. Lavauzelle.)
Distinctions - Citations
Citation à l’ordre du corps d’armée de la 101e Compagnie Auto.
« Unité d’élite formée en Angleterre en juin 1940 de conducteurs vétérans du Corps expéditionnaire de Norvège et de jeunes Français échappés de France. Engagée sans arrêt pendant quatre ans, a formé ses conducteurs sur les pistes du désert soudanais. A ensuite pris part à toutes les campagnes des Forces Françaises Libres depuis l’Érythrée.
« S’est notamment illustrée lors du siège de Bir-Hakeim (juin 1942) en forçant le blocus de la place assiégée pour la ravitailler et en récupérant dans le désert les survivants du siège après leur sortie de vive force. A perdu 1/10 de ses effectifs, prisonniers ou tués. A pris part à la campagne de Tunisie. Pendant la campagne d’Italie, puis d’août 1944 en France, a assuré un service exceptionnellement pénible, faisant preuve des mêmes qualités de courage et d’endurance, gagnant l’admiration et la reconnaissance des autres unités de la Division. Après trois mois de campagne, roulant nuit et jour, a perdu seulement 2 % de ses véhicules. »
5 Compagnons de la Libération sont issus de ses rangs.
Sources & Remerciements
L’épopée de la 101 e compagnie du train par le colonel Dulau, compagnon
de la Libération (Revue de la France Libre, n° 306-307, 2e et 3e trimestre 1999) – François Broche,
Dictionnaire de la France Libre, Laffont éd., 2010.
Les autres unités
Cie de Quartier général n°50
(et 51, 52)
13e demi-brigade de Légion étrangère
22e Bataillon de Marche nord-africain
Bataillon de Marche n°3
Bataillon de Marche n°4
Bataillon de Marche n°5
Bataillon de Marche n°1
Bataillon de Marche n°11
Bataillon de Marche n°21
Bataillon de Marche n°24
BIM BP BIMP
Bataillon d'infanterie de marine/pacifique
4e compagnie anti-chars
Compagnie de canons d’Infanterie
Bataillon de Marche n°2
1er Régiment de Fusiliers Marins
11e régiment de cuirassiers
1er régiment de Marche de Spahis Marocains
1er Bataillon du Génie
1er Régiment d'artillerie
1ere Cie de chars de combat
FTA 21e groupe antillais de DCA
101è Cie du train auto - 1er escadron train
1er bataillon de transmissions
1er détachement de circulation routière
Ambulance Hadfield Spears
Ambulance chirurgicale légère
Groupe d'exploitation divisionnaire
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