« Aventures de guerre et Avatars d’après-guerre »…. le livre retrouvé de  Léon ROUILLON et de Philippe MARMISSOLLE-DAGUERRE (1er RA)

par Florence ROUMEGUERE
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Ne cherchez pas cet ouvrage sur internet, vous ne le trouverez (probablement) pas. Il a été imprimé en février 1948 par Le Coq Gaulois, (Editorial B. Costa Amic, rép. Salvador), à Mexico où vivaient à l’époque leurs auteurs : deux Artilleurs du 1er RA FFL : L’adjudant Léon ROUILLON fut l’adjoint du commandant LAURENT-CHAMPROSAY à Bir Hakeim, il consigna ses mémoires de cette période dans un ouvrage intitulé Les compagnons du premier jour aux Editions du XXe Siècle.

Léon Rouillon est en tête, à l’extrême droite du premier rang

Philippe MARMISSOLLE-DAGUERRE , compagnon de la Libération, né en 1921, était étudiant lorsqu’il rallie la France Libre. Il a participé aux campagnes d’Erythrée, de Syrie, Bir Hakeim, Tunisie, Italie…

Il est mort à 56 ans à Acapulco au Mexique en 1977.

Philippe Marmissolle-Daguerre (ordre de la Libération)

Ce livre a été retrouvé à l’été 2025 dans les archives de mon père Jacques ROUMEGUERE. Seconde surprise, il comporte une belle dédicace des deux auteurs, mais… adressée à Albert CHAVANAC, qui fut le commandant de mon père à la 2e batterie du 1er RA ! Jacques a du oublier de restituer l’ouvrage à son ami Albert….

Un propos liminaire dédie ces « histoires un peu arrangées »  à leurs  compagnons de route : « vous les vieux frères de Cheren, les héros de Bir Hakeim, les chavaliers de Bir el Hamarine… » mais il ajoute «  nous pardonnerez-vous de vous avoir montrés, à l’heure difficile du retour au foyer ? »

L’ouvrage se présente en deux parties (la Guerre et l’Après-guerre…), comportant chacune trois récits. Nous vous proposons de découvrir de courts extraits de cinq d’entre eux.  

***

AVENTURES DE GUERRE…

La mort de Tiekoura

Tiekoura était le planton de l’état-major du Régiment : « …un petit bonhomme, sec, nerveux, à la figure épanouie, joyeuse, dissimulé sous une haute chéchia, beaucoup trop grande pour lui, qu’il ne parvenait jamais à ajuster… » et qui lui valait les remontrances du Colonel et les quolibets des africains.

Tiekoura avait l’habitude de fredonner le soir devant le P.C. des chansons de son Soudan natal, mais aussi un chant Bambara, composé au Régiment pour glorifier ses exploits.

La fin disait à peu près : « Quand on reviendra au village, On dira combien la France était belle, Quand tous les ennemis furent partis ». (…)

Or, les grands jours de Bir Hakeim étaient venus… d’heure en heure la situation s’aggravait et toutes nos pensées, tous nos gestes, étaient maintenant consacrés à l’œuvre guerrière.

Tiekoura, promu agent de liaison, portait les plis sur tous les points de la position. Il partait d’un pas rapide, sortait de l’abri en sifflotant et s’élançait vers les batteries, bondissant, s’aplatissant, repartant sous les éclatements qui se succédaient sans trêve, ayant abandonné, oh bonheur ! sa chéchia rouge pour le casque anglais qui enfin le coiffait convenablement et parachevait sa silhouette agile de combattant…

Tiekoura, un matin fut mortellement touché, comme il rentrait au PC et allait d’un bond en franchir les remparts de sacs de terre.. (…)

Tiekoura geignait doucement… j’avais pris la main du petit Bambara que j’essayais de réconforter par de vagues mots de pitié.

De ses grands yeux noirs il me fixait et je croyais lire dans leurs regards implorants, comme une angoisse, comme un appel désespéré. (…)

L’abandonnant, je sautai jusqu’au poste de notre Chef et je l’interpellai comme jamais je n’avais osé le faire aupravant : « Venez vite mon Colonel, je vous en prie, Tiékoura… » (…)

Déjà le commandant de l’Artillerie avait quitté sa table, ses cartes, ses téléphones, et il s’était penché vers son planton dont il caressa le front une seconde, du bout des doigts, en lui disant avec douceur : « c’est bien Tiékoura, tu as été un bon soldat. C’est très bien ».

Puis, redressé aussitôt pour se porter à sa tâche, il ajouta très haut, s’adressant à nous durement, comme à l’habitude : « Mettez-lui sa chéchia, cette chéchia qu’il m’a toujours règlementairement présentée ».

Je vis la pauvre figure de Tiékoura, déjà cendreuse et immobile, frémir et se parer d’un sourire, cependant que de ses bons yeux fidèles, il me regardait, comme transfiguré par une indicible joie.

Alors je me baissai vers lui, à le toucher, et pendant qu’il rendait l’âme… je lui fredonnai sa chanson :

Niné nana ouane di dougoula… Quand on rentrera au village….

Ainsi mourut pour la France, à Bir Hacheim, Tiékoura, le planton de notre Régiment.

La dernière chasse de Monsieur de Vircogne (Charles Bricogne)

Charles Bricogne (Ordre de la Libération)

“C’était un homme très jeune, à la haute stature, nez en bec d’aigle, yeux bleus, moustaches blondes à la gauloise….

Il était l’adjoint du chef génial (Laurent-Champrosay) dont la science et la flamme permettaient au courage des fantassins de maintenir, inviolée, la position que de furieuses attaques de quatre divisions ennemies lançaient sans arrêt, contre la poignée de défenseurs qu’ils étaient.

Dès qu’il apparaissait le matin, de bonne heure, avec les premiers obus qui déclenchaient la bt Ilaaille du jour, l’étroit abri creusé dans le sable, encombré par une table recouverte d’une carte hachée de trait et de zébrures qui marquaient la progression de l’encerclement, l’étroit abri s’illuminait.

Vircogne se présentait, pipe à la bouche et guêtres aux jambes, une musette de grenades pendue à l’épaule… Il professait qu’en de telles circonstances, il convenait d’être toujours en alete, paré pour faire face à tout évènement….

Or donc, ainsi vêtu et harnaché, Vircogne quitta le PC le soir du 10 juin, ce 10 juin 1942…

L’ordre, l’ordre immortel de Koenig qui commence par ces mots « La division ouvrira en force un passage par les armes… » (…)

Le Colonel (Laurent- Champrosay) dont la voiture avait été miraculeusement protégée et qui devait prendre la tête du détachement … avait demandé à Vircogne de se joindre à lui, ne doutant pas de son acceptation à partager un poste dangereux entre tous (…) mais le capitaine de Vicogne avait refusé, préférant se joindre, pour la guider, à l’innombrable piétaille qui, vaille que vaille, suivrait les autos, et le grand chef n’avait pas insisté (…).

Vircogne ramassant son fusil dont il vérifia soigneusement la culasse, bourrant sa musette de grenades, serra la main du colonel, jeta un regard d’adieu à l’abri fragile qui avait été depuis une semaine un précieux asile où le commandant de l’artillerie et lui-même avaient fait tant de besogne, salvatrice pour la DFL, et meurtrière pour les boches, puis lissant ses moustaches, il enjamba le parapet et s’en fut dans la nuit pour rassembler son monde.

Sus sa route, à l’ambulance démolie dont l’ennemi n’avait pas respecté la Croix Rouge, il rencontra l’aumônier des Fusiliers marins, un héros et un saint, qui s’employait à faciliter l’embarquement des blessés dans des camions, efficace et bienveillant, comme à son habitude.

« Bonsoir Père, lui cria Vircogne, de sa belle voix claire. Père, j’aurais deux mots à vous dire, si toutefois vous pouviez une seconde… Mais certainement mon capitaine, bien sûr, je suis à vous, je sais ce que vous allez me demander… (…) j’ai déjà donné une absolution générale, mais je comprends qu’un Chrétien comme vous…

Ils s’écartèrent un instant et le capitaine de Vircogne s’agenouilla devant le prêtre, à même le sol, sans quitter son fusil ni sa musette de grenades.

Maintenant, c’était l’enfer.

(…) A l’extrémité du passage où abordaient les premiers véhicules, conduits par le colonel commandant l’Artillerie, qui allaient, après l’avoir franchi, se perdre dans la nuit salvatrice et par le désert protecteur, en suivant les étoiles, rejoindre très au loin les avant-postes de l’Armée anglaise, deux nids de mitrailleuse, croisant leurs feux, faisaient de terribles ravages.

Deux chenillettes de la Légion les chargèrent, quand l’une d’elles s’immobilisa, tous ses hommes tués, et sauta, dans une fulgurante explosion qui mêla ses couleurs verdâtres aux reflets pourpres des camions en flammes.

La seconde poursuivit son chemin, écrasant les servants su premier nid dont les machines furent réduites au silence, mais l’autre groupe continuait son tir, ajusté, précis, meurtrier, qui barrait la route aux voitures , les empêchant de sortir vite de cette zone qu’elles contribuaient à embouteiller, condamnant les suivantes et les éléments à pied à un stationnement fatal, dans l’endroit le plus exposé, e, pleine clarté.

Alors, parmi les Légionnaires, on vit soudain se dresser, immense sur l’horizon embrasé, une haute silhouette aux moustaches à la gauloise qui faisait, à la volée, le geste éternel du semeur et projetait, grenades après grenades sur l’abri où les mitrailleurs allemands crachaient la mort.

Un moment, elle vacilla, puis une fois encore, balança une poignée de ses terribles munitions, avant se s’écrouler, dans les ombres du sol.

Les mitrailleuses se turent et la colonne passa.

Monsieur de Vircogne avait tiré son dernier gibier.

Biographies des auteurs et hommes cités

Léon Rouillon sur le site Françaislibres.net

https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=39321

Philippe Marmissolle-Daguerre sur le site de l’Ordre de la Libération

https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/philippe-marmissolle-daguerre

Charles Bricogne sur le site de l’Ordre de la Libération

https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/charles-bricogne

***

AVATARS D’APRES-GUERRE…

A travers trois histoires, certaines racontées non sans humour, les derniers récits évoquent, la Paix retrouvé, le sujet méconnu de la difficulté du retour à la vie civile de nombre de Français Libres (aucun des pseudos utilisés par les auteurs n’a pu être élucidé, hormis celui du Colonel Jonas).

Le lieutenant Jacques Darboy « marchait lentement, se remémorant certains faits de l’épopée de la 1ère DFL dont il avait été l’un des bons artisans, et qui, maintenant dissoute, sa tâche impossible accomplie, ne subsistait plus que par le souvenir dans la mémoire de ses anciens soldats, démobilisés, dispersés et retournés, sur tous les coins de la planète, à leur propre destin, un destin assez piètre parfois et assez misérable ». « Voilà que jour après jour, il s’était épuisé en de vaines recherches et que partout, il n’avait rencontré qu’une hostilité à peine déguisée, à ses projets et à ses ambitions, jetant bas ses espoirs, détruisant ses illusions, ruinant sa volonté de servir, comme, ailleurs, et avec quel éclat, il avait tant servi ».

Sans un sou vaillant, ayant emprunté un peu d’argent, Darboy joue au PMU et mise avec succès sur un cheval nommé « Tobrouck »… Il retrouve un temps une aisance certaine, mais « n’osait plus fréquenter ceux qui naguère avaient été ses meilleurs compagnons dont quelques-uns habitaient paris comme cet Alain, son ami très cher et fraternel, avec lequel il avait, du désert lybique au Garigliano, pour finir dans la plaine d’Alsace, accompli d’étonnants exploits (…). Des fois, il rencontrait bien son ancien Colonel (Paul Jonas) qui le convoquait d’un bref coup de téléphone comme jadis « Allo Darboy, Demain à 7 heures aux Free French. D’accord ? ». Dans les yeux de son chef qu’il vénérait, il croyait lire une muette réprobation, et pourtant, celui qui avait été une des gloires de ce Régiment (…) ne montrait dans ses relations avec lui, aucune différence qui eut pu, même légèrement, souligner les changements apportés à leurs relations réciproques par la dégringolade de Darboy, dans l’échelle des valeurs sociales”.

Alain et Jacques pour leur part, « tous les deux, pendant cinq ans, avaient fait la guerre dans les rangs des colonnes Françaises Libres qui, d’un bout de l’Afrique à l’autre, les avaient conduits, de bataille en bataille, de ville en ville, bourlingués, cahotés jusqu’au jour où ils se retrouvèrent sur le macadam parisien, démobilisés avec, pour toute subsistance, une prime, qui, dans le coût effrayant de la vie dura l’espace d’un déjeuner monstre où tous leurs amis furent conviés, une agape follement arrosée de vins fins et de champagne.

Après, mon Dieu, ils rassemblèrent leurs infortunes, mangeant de ci de là avec des amis généreux qui les invitaient, par égard pour leurs magnifiques services de guerre, ou avec des connaissances de rencontre, parce que, en ces temps troublés, où chacun était plus ou moins suspecté de collaboration et de trafic de marché noir, la compagnie, dans un restaurant, de deux militaires abondamment décorés,, non pas de ces médailles décernées à l’ancienneté, mais de ces vraies croix dont les palmes et les agrafes témoignaient de réelles campagnes,, cette compagnie leur apparaissait comme une protection, voire comme une réhabilitation éventuelle.

Artistes et lettrés l’un et l’autre, passionnés de musique….  ils ne se laissaient cependant pas aller à une vie stérile de paresse et mettaient tout au contraire la fougue et l’énergie qu’ils avaient déployées sur les champs de bataille, pour chercher du travail. Hélas, les portes se refermaient sur eux, quant et quant. Un dur chômage commençait à sévir, ils n’étaient pas des techniciens, et leurs diplômes littéraires ne compensaient pas le désavantage d’avoir été absents de Paris, pendant cinq années passées à se battre, mais cinq années que ‘autres avaient employées à se créer des situations et s’y consolider ».

« Alors le Marquis s’était présenté » (…)-  qui leur proposa une affaire… » C’est très simple, les billets de banque vous le savez, ont été changés dernièrement. Ceux qui n’ont pas fait l’échange au moment voulu, ne le peuvent plus maintenant… cependant je sais qu’u Ministère des Finances un service fonctionne encore, pour permettre à ceux qui se trouvaient à l’étranger, et notamment dans les ambassades, de faire cette opération. J’ai environ 200 millions à échanger, il y en aura dix pour vous si vous trouvez le moyen d’entrer en contact avec ce service et de faire inscrire mes fonds sur la liste de ceux provenant d’Amérique, par exemple. »

Alain et Jacques « soudain, envisagèrent la possibilité de rentrer dans le Monde, ce monde qui les écœurait, il est vrai, mais qui était leur société naturelle et dont ils étaient exclus, ce pourquoi ils finirent par adhérer à ce projet insensé… »

D’aventure en aventure, au gré de contacts douteux, les deux jeunes amis se retrouveront naturellement, comme Jacques Darbois, sans un sou en poche !

L’Appel de sables….

Le marché de Maroua au Cameroun dans les années cinquante

L’Appel des sables vient clore les récits de ces péripéties dans une perspective plus heureuse

“l’officier Louis de Boisbeaudrie de Préfontaine était très jeune. Orphelin de bonne heure, il avait hérité d’une fortune confortable, d’un château en Poitou et de goûts dispendieux qui, les Allemands aidant, lors de l’occupation, par l’incendie de sa demeure, contribuèrent à la liquidation des biens qui lui restaient. Ayant fait la guerre durant cinq années à la 1ère DFL, il n’avait retrouvé à son retour que ce studio (parisien) et ces meubles, seuls vestiges de sa splendeur passée….”

Il s’ennuyait à Paris, « sa vitalité débordante ne trouvant aucun moyen de s’épancher. Rien ne lui plaisait car, dans aucune des modestes situations qui lui avaient été proposées, il n’avait pressenti la possibilité de donner libre cours à ses penchants d’indépendance et de liberté que la guerre, vécue au contact d’hommes semblables à lui, avait encore développés.

 Il savait que cette dure vie d’exil était la seule qu’ils pouvaient accepter, eux qui avaient les âmes trop fières pour se plier aux compromissions et aux intrigues de l’époque et pour accepter les basses complaisances de certains milieux parisiens. Il savait que cette vie solitaire et noble… était la seule qui fut à la mesure de leurs forces – et de leur passé. Aussi enrageait-il et n’entrevoyait-il un remède à son déséquilibre actuel, que dans une fuite vers un pays lointain dont l’image lui apparaissait fascinante ».

Aussi, Louis de Boisbeaudrie multiplia les démarches auprès des compagnies coloniales, jusqu’à recevoir une convocation de la Compagnie Africaine et du Levant, Quai Bourbon, signée de la main de son directeur général : Félix Durtal, pour un l’entretien qui se conclut en ces termes :

« Le Providence lèvera l’ancre de Marseille dans deux jours. Je vous affecte à notre factorerie de Maroua, au nord du Cameroun. Grosse affaire, négligée par vos prédécesseurs et qu’il vous faudra remonter. Beau pays, pays splendide, mais où vous serez à peu près, le seul Blanc. Qu’importe, vous devrez réussir…

Parvenu à destination, « après un long voyage qui dura dix jours encore sur les mauvaises pistes du Cameroun, il arriva à Maroua, en plein cœur de l’Afrique Noire, libre et prêt ».

Il eut l’heureuse surprise d’apprendre de l’Administrateur, chef de la région, que son ami Max, vieux camarade de combat, dirigeait, à cent kilomètres de là, les mines de Geiganga….

Trois mois après, la maison minable qui avait abrité les débuts du jeune colon s’était transformée en un élégant bungalow, entouré de parterres de fleurs rouges et bleues. Dans l’intérieur, repeint et soigneusement arrangé, des tentures du pays Foulbé, aux rayures multicolores donnaient une ambiance aimable, rehaussée par des nattes qui couvraient le sol ou s’éparpillaient des coussins en cuir noirs et verts…. Il avait fui la compagnie de ces gens qui l’avaient accueilli à son arrivée, d’une manière cordiale, il est vrai, mais bruyante et vulgaire. Il vivait ainsi retiré, dédaigné un peu par les autres Blancs qui lui reprochaient ses airs hautains dont ils rendaient bêtement responsable la particule qui précédait son double nom, ne l’appelant plus, d’un ton méprisant que Monsieur de Boisbeaudrie de Préfontaine ».

Alors survint une entrevue avec Max qui lui annonça son désir de rentrer en France.

« Je suis prisonnier de cette existence, moi. Je fais effort à chaque instant, pour ne pas succomber. En pleine brousse, je me lève à heure fixe, je m’habille proprement, je me rase tous les jours, j’obéis à une règle que je me suis imposé, je tiens à vivre dignement, car je ne veux pas devenir une épave… c’est une lutte continuelle, je n’en peux plus !… Je ne suis pas découragé mais je veux rentrer à Paris pour y trouver un travail qui me plaise et reprendre mon équilibre ». (…)

Avec une étonnante autorité chez un être aussi jeune, se levant et mettant ses mains sur les épaules de son compagnon, l’ancien officier (Louis) conclut : C’est la vie, mon pauvre frère et crois moi, oui, crois moi, cette vie est faite pour toi. C’est la seule où nous pouvons donner toute notre mesure, nous trouver à l’avant-garde… Car… Max, il nous faut continuer à servir, nous les gars de la DFL !

La nuit maintenant était venue tout à fait. Max était reparti pour sa lointaine exploitation aurifère… Une allégresse le possédait, une force toute puissante faisait battre son cœur.

Max, son vieux, son cher compagnon, Max ne partirait pas ! Il l’avait convaincu ! parce qu’il était lui-même persuadé, parce qu’il savait…. Que cette dure vie d’exil était la seule qu’ils pouvaient accepter, eux qui avaient les âmes trop fières pour se plier aux compromissions et aux intrigues de l’époque et pour accepter les basses complaisances de certains milieux parisiens. Il savait que cette vie solitaire et noble aux avant-postes de la civilisation, était la seule qui fut à la mesure de leurs forces, et de leur passé.

Alors…. Il (Louis) se précipita à son bureau, fébrilement décacheta la lettre qu’il avait écrite le matin même à Durtal et dans un post-scriptum qui contenait toute sa reconnaissance et la haute espérance qui le soulevait, dans le silence de la nuit et l’immensité des sables, face à ses responsabilités qu’il acceptait, d’un esprit lucide et fort, il griffonna ce simple mot :

“MERCI”.

Article proposé et mis en ligne par Florence Roumeguère

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