Raymond Schmittlein naquit à Roubaix le 19 juin 1904, cinquième enfant d’une famille d’origine alsacienne qui sera douloureusement marquée par la Première Guerre mondiale (ses deux parents décéderont en 1915). Après le bac, le jeune Raymond s’engagea le 8 mai 1924 au 23e Régiment de Tirailleurs Nord-Africains, stationné à Wiesbaden en zone d’occupation de la Rhénanie.
Il fit les EOR2 et fut affecté comme sous-lieutenant au Maroc. Mais, grièvement blessé pendant la guerre du Rif en novembre 1925, il dut mettre fin à ses espoirs de carrière militaire.
Après pas mal de tâtonnements, il entreprit finalement des études de germanistique. Licencié en 1931, il réussit l’agrégation d’allemand en 1932. En 1934, il lui fut conseillé d’entreprendre un doctorat sur la toponymie et l’onomastique lituaniennes. C’est la raison pour laquelle, alors professeur au lycée de Chartres, il sollicita le poste de lecteur de français qui venait d’être créé à l’Université de Kaunas.
Raymond Schmittlein: médiateur entre la France et la Lituanie (Par Corine Defrance, chargée de recherche au CNRS / UMR IRICE (Universités de Paris 1, Paris IV et CNRS)
En 1934, il devient le premier lecteur français à l’université de Kaunas en Lituanie. Pendant quatre ans, il œuvre activement au développement des relations culturelles et universitaires franco-lituaniennes. Il y rédige des manuels scolaires pour l’apprentissage du français (Douce France), devient secrétaire général de la Société Lituano-Française et travaille parallèlement comme correspondant pour l’agence Havas.

Raymond Schmittlein
(Photo wikipedia.org)
Sa vie militaire
Officier de réserve, à la déclaration de guerre en septembre 1939 il fut mobilisé en tant qu’attaché militaire adjoint à Riga, en charge du service de renseignement. L’attaché militaire, le colonel Hoppenot, disait de lui : « Cet officier de réserve est ce que je pouvais espérer de mieux pour cette délicate mission ». Sa connaissance de la région, ses connaissances linguistiques (allemand, russe, lituanien), sa connaissance de la montée du national-socialisme à Memel/Klaipėda qu’il avait étudiée pour l’agence Havas, et un intérêt marqué par la « chose » militaire en faisaient un expert recherché.
Devenu universitaire et directeur de l’Institut français de Riga (Lettonie), Schmittlein utilise sa couverture culturelle pour mener des activités de renseignement pour le compte de la France, face à la montée des tensions avec l’Allemagne nazie et l’URSS.
Fin 1939, ses activités de contre-espionnage irritent les autorités lettones (sous pression soviétique). Il est arrêté en pleine rue à Riga, passe deux semaines en prison pour espionnage et est expulsé en janvier 1940 vers la Suède.
“Le même soir, à Riga, le directeur de l’Institut français Schmittlein boucle ses valises. Nos marins tallinnois admirent fort cet agrégé d’allemand, que la guerre a révélé capitaine de tirailleurs, adjoint de l’attaché militaire, autrement dit représentant du « Cinquième Bureau ». Schmittlein s’est fait piquer sur une base soviétique, en qualité de soi-disant industriel suisse, et a vécu des moments pénibles entre les mains du NKVD avant que d’être remis aux autorités lettonnes et déclaré par elles persona non grata. On l’expédie à Helsinki, où il espère commander les services de renseignement de notre futur corps expéditionnaire.
Schmittlein raconte sa détention au NKVD de Riga ; quand le konvoïny, qui le menait à l’interrogatoire, le faisait passer devant, il craignait la balle dans la nuque et se demandait si, mourir pour mourir, mieux ne vaudrait pas se jeter d’abord sur le type… Parle de sa femme et de ses enfants qu’à son retour de Narvik, avant de rejoindre de Gaulle, il a installés en France dans une planque sûre… En a assez de la vie diplomatique : voudrait reprendre du service ; dans une division blindée ou comme parachutiste… “
(Extrait de Sans fleur, ni fusil par Jean CATHALA)
L’engagement dans la France Libre (1940-1945)

Raymond Schmittlein quitta Riga pour Stockholm le 4 janvier 1940. Depuis Stockholm, Raymond Schmittlein poursuivit ses activités de renseignement au profit de l’ambassade de France en Suède. Participant à la bataille de Narvik en 1940, il rejoignit très vite la France Libre.
Il est enregistré dans les Forces Françaises Libres (FFL) symboliquement à la date du 14 juillet 1940, faisant de lui l’un des tout premiers résistants extérieurs.
Sur ordre de Londres, il parvient à rejoindre le Moyen-Orient par un long périple. Au côté du diplomate François Coulet, il est chargé de contrer la propagande de Vichy en Syrie et au Liban. Il participe notamment à la mise en place d’un poste de radio de la France Libre à Haïfa (Palestine).
” Le 8 juin, Français Libres et Britanniques se portèrent en avant en agitant des drapeaux alliés, avec l’ordre, donné conjointement par Wavell et par Catroux, de ne faire usage de leurs armes que contre ceux qui tireraient sur eux. Un poste-émetteur radio, installé en Palestine, répandait, depuis des semaines, par la voix des capitaines Schmittlein, Coulet et Repiton, d’amicales objurgations à l’adresse de nos compatriotes, en qui nous souhaitions, du plus profond de notre âme, ne pas trouver des adversaires. Cependant, il nous fallait passer. Par une déclaration publique, je ne laissai aucun doute sur ce point ».
Mémoires de guerre, Charles de Gaulle (L’Appel)
Il prend part ensuite aux opérations militaires et de désarmement lors de la campagne du Levant en 1941 où les FFL affrontent les troupes restées fidèles à Vichy.
De Gaulle le remarqua et l’envoya en Union soviétique en mars 1942 comme numéro deux de la délégation de la France Libre. Il y resta du printemps 1942 à novembre 1943, puis regagna le Comité français de la libération nationale à Alger. En URSS, il s’était engagé pour l’envoi et la constitution du groupe d’aviateurs Normandie-Niemen, intervint en faveur des « Malgré-Nous » alsaciens tombés aux mains des Soviétiques, obtint directement de Molotov la reconnaissance du CFLN le 26 août 1943.
De cette expérience, et bien qu’il n’ait jamais eu la moindre sympathie pour l’idéologie communiste, il garda une reconnaissance profonde pour l’URSS, doublée d’un antiaméricanisme viscéral résultant des tensions permanentes entre la France Libre et les États-Unis tout au long de la guerre. Puis il regagna Alger à la mi-novembre 1943 où il fut attaché au cabinet du général de Gaulle.
Schmittlein quitta Alger au début de l’été 1944 pour participer à la campagne d’Italie, au débarquement français à Saint-Tropez et joua un rôle de premier plan dans la libération de Belfort.

Août 1944 : le débarquement de Provence
(Photo charles-de-gaulle.org)

Août 1944 : le débarquement de Provence
(Photo defense.gouv.fr)
La nouvelle fondation de l’Université de Mayence
Avec la Première Armée du général de Lattre de Tassigny, Raymond Schmittlein pénétra en Allemagne, avant d’être nommé par le gouvernement provisoire de la République française directeur de l’Éducation publique (DEP) du gouvernement militaire français en Allemagne occupée.
Dès la fin de l’année 1945, le gouvernement militaire français envisageait d’établir une université dans la partie nord de sa zone d’occupation. Parmi les différentes villes candidates, Mayence était la plus prometteuse, notamment parce qu’elle disposait d’une institution devancière : l’ancienne université fondée en 1477, qui avait été dissoute au début du XIXe siècle, durant la période française. Lors de la refondation de l’Université Johannes-Gutenberg de Mayence en 1946, le rôle de Raymond Schmittlein a été absolument central.
En tant que directeur de l’Éducation publique au sein du gouvernement militaire de la zone d’occupation française en Allemagne (de 1945 à 1951), Schmittlein est considéré comme le véritable « père fondateur » français de cette institution.
Pour lui, cette refondation dépassait de loin la simple ouverture d’un établissement d’enseignement ; elle s’inscrivait dans une stratégie politique et culturelle globale.

Raymond Schmittlein à l’ouverture de l’Université de Mayence le 22. Mai 1946.
(Ville Archives Mayence BPS, Wolff & Trischler)

Colonel_Schmittlein
Photo prise en juillet 1947 dans le contexte de l’après-Seconde Guerre mondiale,
plus précisément lors de l’occupation alliée en Allemagne.
(Photo : wikipedia.org)
Rentré en France en 1951, il entama une longue carrière politique, notamment de député, au service du mouvement gaulliste avant d’évoluer vers le Centre. Il fut brièvement ministre à deux reprises, (1954 et 1955), puis vice-président de l’Assemblée Nationale de 1962 à 1965.

Photo d’une visite officielle du Premier ministre israélien Levi Eshkol en France en juin 1964. La rencontre a eu lieu à l’Hôtel Matignon à Paris, résidence officielle du Premier ministre. Au centre, Georges Pompidou, à droite Raymond Schmittlein.
La fin de sa vie
Battu aux élections législatives de 1967 à Belfort, affaibli par la maladie et profondément marqué par le retrait puis la mort du général de Gaulle, il se retire définitivement de la vie publique au début des années 1970. Il s’éteint le 24 septembre 1974 à l’âge de 70 ans.
Mis en ligne par Jean-Marie Pefferkorn
Sources de l’article:
wikipedia.org
www.cahiers-lituaniens.org
La nouvelle fondation de l’Université de Mayence
Ville Archives Mayence BPS, Wolff & Trischler
(Photo wikipedia.org)
(Photo defense.gouv.fr)
www.landrucimetieres.fr

Raymond SCHMITTLEIN (1904-1974), repose dans le petit cimetière de Felon (90)
