Maurice Taouss (1918-2012) : parcours d’un Français Libre d’Algérie, 1ère DFL (1er RA)

par Jean Marie PEFFERKORN
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Maurice Taouss

Biographie :

Né en 1918 à Alger, fils de Benjamin Taouss et Fortunée Krihiff, Maurice Taouss fait partie de la communauté juive d’Algérie et s’engage très tôt contre le régime de Vichy. Il rejoint la résistance locale et s’entraîne notamment à la salle de sport Géo Gras à Alger. Ce lieu servait de couverture pour former clandestinement de jeunes résistants au maniement des armes et à la tactique militaire. Sa jeunesse bascule définitivement dans l’âge adulte dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942. Alors qu’il n’a que 24 ans, il s’engage corps et âme avec les 400 jeunes civils – pour beaucoup étudiants ou à peine entrés dans la vie active – qui ont neutralisé Alger pour ouvrir la voie aux Alliés.

Pour Maurice Taouss, comme pour ses compagnons (parmi lesquels José Aboulker, Guy Calvet ou Bernard Karsenty), cette nuit de novembre 1942 a été le baptême du feu. Ils sont passés en quelques heures du statut de jeunes Algérois traqués par les lois d’exclusion à celui de libérateurs et de soldats de la France Libre.

Le 8 novembre 1942, alors que les forces alliées s’apprêtent à débarquer sur les plages d’Afrique du Nord (l‘Opération Torch), un coup de force décisif se joue à l’intérieur même de la ville d’Alger : le putsch d’Alger.


Le débarquement allié en Algérie (Opération Torch), novembre 1942..
Source : The Times of Israël / Opération Torch : Ces Juifs qui ont aidé à sauver l’Algérie …



Le noyau d’une “équipe téléphonique” (Jacques Mantoux 1939-1945)

Les “Européens” ont aussi leurs particularités folkloriques, ne seraient-ce que chacune des aventures qui les ont amenés un à un, à rejoindre les Forces Françaises Libres et ce régiment en particulier.
Il y en a dont l’engagement remonte aux premiers jours de l’Appel de De Gaulle : ainsi du cap. Benoist lui-même, jeune officier d’A.E.F., du maréchal des logis Gugenheim., jeune taupin arrivé de France en Angleterre et passé par le même peloton d’artillerie que mon ami Slyper ; j’ai déjà parlé de plusieurs aventures des autres sous-officers ; il y a des évadés de France, mais aussi des jeunes qui servaient dans l’armée d’armistice en Algérie ou en Tunisie au moment du débarquement allié de novembre 42 et qui, – choqués et écœurés par la mentalité de leur encadrement,- ont littéralement déserté pour s’engager dans une unité gaulliste.
Il y a enfin plusieurs soldats tunisiens, engagés sur place (l’un d’eux est un jeune ancien combattant de 39-40). Benoist garde auprès de lui deux d’entre-eux : André Ghilès comme chauffeur et cuistot, Joseph Attard comme ordonnance. Mais il constitue avec les autres, Jacob, Naïm, Taouss, qui sont israélites, le noyau d’une “équipe téléphonique”, C’est un rôle crucial et hautement stratégique sur le front. Les transmissions (poser les lignes, assurer les communications entre le commandement et l’artillerie ou l’infanterie) exigeaient un courage immense, car les techniciens devaient souvent opérer à découvert, sous le feu ennemi, pour réparer les câbles coupés.; et il place le tout sous les ordres d’un brigadier-chef,
Maurice Laurent Dulucq, grand garçon osseux et taciturne, possiblement breton (?) mais à coup sûr antisémite“.

Jacques Mantoux mémoires 1939-1945

Ce passage des mémoires de Jacques Mantoux met en lumière la diversité extraordinaire et les trajectoires hors du commun des hommes qui composaient les Forces Françaises Libres (FFL), en particulier au sein du 1er Régiment d’Artillerie (1er RA).

René Briquet, adjudant, fait prisonnier en 1940, s’est trouvé dans un camp proche de la frontière (déplacée) de l’URSS, demeurée neutre. Comme beaucoup d’autres, il la traverse et est aussitôt jeté en prison comme suspect. L’initiative courageuse de l’un d’eux, le capitaine Billotte (plus tard général) facilitera leur recensement.
Après de laborieuses tractations menées de Londres après l’entrée en guerre de l’URSS, cela aboutira à leur libération : 185 hommes de tout grade sont ramenés en Angleterre, via Arkhangelsk et l’Arctique. La plupart sont réexpédiés sur le Caire en faisant le tour de l’Afrique. Briquet et plusieurs autres arrivent au 1er RA à temps pour participer à la bataille victorieuse d’El Alamein, septembre 1942.
Les autres sous-officiers, sont principalement métropolitains, et engagés depuis longtemps. Lucien Jauffret est d’Alexandrie ; André Certa, de Tunisie. La moitié des hommes de troupe est “européenne“, tout en comprenant un petit groupe de Tunisiens (Jacob, Naïm, Taouss), un Pondichérien (Mariannie), deux Mauriciens (Sidney Lorquet et Luc Comarmond), sujets anglais d’origine indienne, mais francophones et francophiles. L’engagement de ces Mauriciens, – un contingent notable au 1er RA même, -me paraît particulièrement touchant.


Selon la logique du règlement de notre armée coloniale, qui n’est pas “européen” est indigène. C’est ainsi que sur cette terre de Tunisie, nous comptons dans notre effectif de 105 humains, environ 55 africains de toute provenance : Saras du Tchad en grand nombre d’abord, les grands anciens de la troupe FFL, pour qui j’ai aussitôt un respect particulier ; mais aussi un cuisinier soraalien, Issa, musulman pratiquant ; un gradé du Congo ou de l’Oubangui-Chari, Digui N’Dolo, un jeune camerounais aux dents d’or, Adjim Kounda ; une dizaine de soudanais (on dit aujourd’hui “maliens”) sénégalais et guinéens tout jeunes (Classe 1942) nous arrivent en renfort au dernier moment
.”

Nicole Cohen-Addad (présidente et cofondatrice de l’association Les Compagnons du 8 Novembre 1942) a fait don d’une copie de l’entretien d’histoire orale de Maurice Taouss au United States Holocaust Memorial Museum en janvier 2011. L’enregistrement fait partie d’une série d’entretiens réalisés par la chercheuse entre 2002 et 2009 auprès de Juifs algériens et de membres de la résistance contre le régime de Vichy en Algérie, qui avait pour but de faciliter le débarquement des Alliés à Alger lors de l’opération Torch le 8 novembre 1942.

Pour écouter l’entretien, veuillez cliquer sur la photo

Insigne FFL – 1er RA

Après la guerre, Maurice Taouss a continué sa vie et s’est éteint le 13 février 2012 à l’âge de 93 ans, à Paris (10e arrondissement).

Sources de l’article :

francaislibres.net
cairn.info

Oral history interview with Maurice Taouss
1dfl-le-blog

Mémoires Jacques Mantoux
cheminsdememoire.gouv.fr

Mis en ligne par Jean-Marie Pefferkorn

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