
1er janvier 1945. De gauche à droite, lieutenant Étienne Mantoux, observateur en avion à la Division Leclerc (Force Aérienne Française Libre) et son frère le sous-lieutenant Jacques Mantoux observateur à la 5è batterie du 1er Régiment d’Artillerie (1ère DFL)
(Crédit photo: Fondation BM 24 Obenheim)
Son parcours, par Gilles Mantoux
Né en 1921, Jacques Mantoux tient de son père, Paul, normalien, secrétaire-interprète de la conférence de paix à Versailles en 1919, puis secrétaire de la section politique de la Société des Nations et cofondateur de l’Institut des hautes études internationales à Genève, une conscience précoce de la politique internationale.
En juin 1940, sa taupe de Janson étant repliée à Bordeaux *, il s’embarque pour Casablanca en vue de participer au combat. Mais aucun moyen ne s’y présentant encore, il revient en France métropolitaine et entre à l’X l’année suivante (École polytechnique, également connue sous le nom de l‘X, est une institution prestigieuse) . En 1942, l’École est déplacée à Villeurbanne. Il y subit des brimades dans la lignée des ” lois juives ” relayées par certains cadres zélés, son père s’étant déclaré juif par solidarité avec d’autres branches de sa famille.
À Noël 1942, Jacques Mantoux quitte l’École vers l’Espagne, laissant sur la table du gouverneur une lettre claire et ferme sur le but de son départ : rejoindre la France combattante. Les contacts laissés par un X plus ancien s’étant évanouis, il établit une nouvelle filière via Amélie-les- Bains. Il revient à Villeurbanne, malgré les risques, pour renseigner des camarades. Sept élèves de sa promotion suivront la même voie, et tous resteront liés pour la vie. Jacques passe les Pyrénées avec Maurice Sciama (Promotion 1938).

Jacques Mantoux.
(Crédit : Ariel Conte – Françaislibres.net)
Maurice Sciama, son compagnon de route de la promotion 1938, rejoindra quant à lui les Forces aériennes françaises libres (FAFL) comme observateur en avion de bombardement, poursuivant la lutte dans les airs pendant que Mantoux combattait au sol.
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*) Dans le jargon des classes préparatoires françaises, la « taupe » désigne la classe de mathématiques spéciales (préparation aux concours des écoles d’ingénieurs comme Polytechnique). La phrase signifie donc que sa classe préparatoire au lycée Janson-de-Sailly (Paris) avait été évacuée à Bordeaux en raison de l’avancée allemande
Ils rejoignent Barcelone à pied sans être pris, et de là Gibraltar puis Londres. Jacques y retrouve son camarade Francis Rougé * avec qui il fera toute la guerre.
Formé à Camberley, Jacques dirigera une batterie de quatre canons de 105 mm au 1er régiment d’artillerie de la 1re DFL (Division française libre). Par l’Afrique du Nord, il rejoint la campagne d’Italie début 1944 et prend part à la bataille du Garigliano.
Il se distingue ensuite lors du débarquement de Provence et de la prise de Toulon en réglant le tir sur les casemates de Saint-Mandrier.
Lors de la meurtrière campagne d’Alsace, il est blessé, retourne aux combats en première ligne. Capturé en janvier 1945 à Obenheim, toujours avec Rougé, il est emmené en Allemagne. Ils s’évadent en mars par deux fois, rencontrent une colonne américaine, rentrent enfin à Paris.

Jacques Mantoux.
Crédit : La Jaune et la rouge
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*) Intégré à la 1re division française libre (1re DFL) en tant que sous-lieutenant, il fait campagne notamment au sein du Bataillon de marche n° 24 (BM 24). C’est sous cette unité qu’il participera aux intenses combats de la Libération, dont la difficile bataille d’Obenheim en Alsace en janvier 1945, où il officiait comme officier des transmissions.
Vivement frappé par la perte de son frère aîné Étienne, Jacques Mantoux réintègre l’École et sort dans le corps de l’armement, ingénieur de l’air. Il est décoré de la croix de guerre avec palmes, de la Légion d’honneur, de la médaille des évadés.
Affecté au Maroc, il rejoint ensuite le cabinet de Bourgès-Maunoury. Il en démissionne pour une carrière commerciale : Decauville, puis Westinghouse France, enfin Merlin-Gérin (maintenant Schneider Electric) à Grenoble. Directeur international, il développe les exportations de matériels de très haute tension dans le monde entier.
Jacques consacre en partie sa retraite à la mémoire familiale : une quinzaine de volumes, 1 500 pages, y compris ses propres mémoires de guerre.
Sa vie et sa carrière sont marquées par une intelligence des situations, des relations, une ténacité efficace, y compris dans l’aide aux plus démunis, par son engagement fidèle pour l’entreprise industrielle créatrice de richesses pour son pays, enfin par une grande discrétion. Son nom restera attaché à l’honneur des X résistants, en particulier ceux de la promo 1941.
Jacques Mantoux est décédé le 21 décembre 2010.
MÉMOIRES DE GUERRE 1939-1945 DE JACQUES MANTOUX (archives de l’École Polytechnique) : volumes 1 à 6
Volume 1: AVANT-PROPOS.
Volume 2 : Évasion – Londres et Camberley
Volume 3 : Alger 1944
Volume 4 : Campagne d’Italie
Volume 5 : Opération Anvil – Campagnes de libération de la France
Volume 6 – Obenheim -Allemagne – Évasion
Sources
Biographie https://www.lajauneetlarouge.com/jacques-mantoux-41/
Mémoires sur https://x-resistance.polytechnique.org/
Françaislibres.net
Article proposé par Florence Roumeguère, mis en ligne par Jean-Marie Pefferkorn
