16 MAI 2015 : VICTOR DESMET A CROIX
Un compagnon de la Libération face à des CM2
Publié le 16/05/2015
Victor Desmet, 95 ans, fait partie des rares Compagnons de la Libération encore vivants. Le Général de Gaulle lui a remis lui-même sa médaille, une Croix de Lorraine. Sa présence à Croix a permis à des scolaires de voir de leurs yeux un témoin de l’Histoire.

« Tous mes choix, je les ai faits spontanément, avec mon cœur. » Victor Desmet est l’un des seize derniers Compagnons de la Libération. À peine âgé de 20 ans en 1939, le jeune homme s’engage volontairement dans le 2e régiment de zouaves et embarque à Marseille pour l’Algérie. L’armistice signé par Pétain ne le satisfait pas. L’appel du Général sur la BBC deux jours plus tôt, le 18 juin 1940, l’a ébranlé. Il déserte son régiment. « C’est ma conscience qui m’a guidé. J’ai vu la situation avec clairvoyance et je ne pouvais l’accepter », explique le nonagénaire avec humilité. Peut-être doit-il son engagement à sa famille très patriote, installée rue de Lannoy à Roubaix. Le 26 juin 1940, il rejoint les forces britanniques en Palestine, avec lesquelles il prend part à des opérations sur les sols égyptien et libyen. Il gagnera ensuite l’Érythrée, au sein de la Légion étrangère, avant d’être décoré, le 26 mai 1941 de la Croix de la Libération, par le Général de Gaulle, à Qastina en Palestine. Le ruban vert et noir de sa médaille symbolise à la fois l’espérance et le deuil des morts pour la France. Il participe ensuite à la campagne de Syrie et à la prise de Damas en juin 1941. Victor Desmet achève la guerre au côté de l’armée Belge, qu’il rejoint en Palestine fin 1941.
« Je voulais mourir »
À son retour à Roubaix en 1945, le jeune homme découvre, désespéré, que sa famille entière a succombé. « Je voulais mourir. J’ai tout vendu et je me suis engagé en Indochine. » Mais la mort ne veut pas de lui. « Combien de fois j’ai eu de la chance ! » Il a vu ses camarades tomber l’un après l’autre, sans qu’une seule balle ne l’atteigne jamais. Mais lorsqu’on lui demande de combattre en Algérie, là il refuse. « Je ne voulais pas affronter ceux qui s’étaient battus à nos côtés pour libérer la France, ça non ! », explique-t-il. Il est donc rendu à la vie civile en 1952.
Aujourd’hui, le vieil homme, veuf inconsolable, est inquiet de ce qu’il se passe dans le monde. Malgré son grand âge, il tient à témoigner, auprès des plus jeunes, parce que selon lui, « même si la jeunesse a changé, qu’il est difficile de la conseiller, ça me fait plaisir de les rencontrer. C’est par les enfants qu’on retrouvera l’espérance dans notre pays ».
Des scolaires admiratifs
Installé depuis novembre à la résidence des Ogiers, Victor Desmet est une chance inouïe, pour les CM2 de Jean-Jaurès, de rencontrer un témoin vivant de l’Histoire. Paul Hallart, qui participe au travail de mémoire dans les écoles, a d’abord étudié avec eux la Seconde Guerre mondiale et De Gaulle, avant qu’une rencontre ne soit organisée hier avec le Compagnon. « On dit souvent que les enfants sont indisciplinés. Mais ils se montrent admiratifs des hommes qui représentent l’honneur de la France. Pour ces petits, connaître un homme de cette envergure, dont le nom figure aux Invalides à Paris, à côté de ceux de Malraux, du Maréchal Leclerc, de Brossolette…, ça restera gravé dans leur esprit. Voilà comment on honore le devoir de mémoire.
Victor DESMET à TOBROUK en 1941
* Biographie de l’Ordre de la Libération Lien
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10 MAI 2015, Jean HUITOREL A POULLAOUEN
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