Frédéric RUSSO, Canonnier au 1er Régiment d’Artillerie (1920-2007)

par Florence ROUMEGUERE
230 vues

Frédéric Russo par Pierre Simonet
(compagnon de la Libération). 1921-2020

Frédéric Russo est né en 1920 à Vienne en Autriche. Son père, industriel en textile, élève ses enfants dans la vieille tradition littéraire de la bourgeoisie européenne de l’époque avec ensei­gnement du latin et des humanités dès la sixiè­me. Son père est francophile et à table, ses enfants ne doivent parler que français.
Mais, en mars 1938, arrive l’anschluss et l’Autriche devient allemande. Frédéric Russo, pour éviter l’incorporation dans la Wermacht, émigré en Grèce. Il vend des glaces dans la rue, apprend la langue et trouve ensuite un emploi dans l’industrie textile. Lorsque la Wermacht envahit la Grèce, il réussit à s’embarquer sur un cargo britannique pour l’Egypte. Là, il va trouver la représentation des Forces Françaises Libres et s’engage dans la première Division Française Libre qu’il rejoint en avril 1941 en Palestine au camp de Qastina. Il participe à la campagne de Syrie comme chauffeur mécanicien à la deuxième batterie du capitaine Chavanac.
En 1942, pendant la campagne de Libye, sa parfaite connaissance de l’anglais et son entregent sont mis à profit par le régiment pour de multiples tâches de liaison avec les ateliers britanniques. À Bir Hakeim, pendant le siège, il se porte volontaire pour remplacer un pointeur qui a été mortellement blessé à sa pièce. Il obtient une citation à l’ordre du régiment. Après Bir Hakeim, le régiment se réorganise. Malgré ses excellents états de service, Russo qui a juridiquement la nationalité allemande, ne peut rester dans cette unité. Il est affecté à la 13ème DBLE où il terminera la guerre.

Dès la victoire, il obtient la nationalité française et se fait démobiliser. Il mènera ensuite une carrière dans le secteur privé comme spé­cialiste dans l’industrie textile. Il se passionne pour le sport nautique et, dans les années 60, il décroche le titre de champion du monde en dériveur. En 1975, il crée une entreprise de voile et yachting à Hyères et, toujours passionné de voile, à la barre de son yacht, il parcourt la Méditerranée en tous sens et participe à des compétitions transatlantiques.
Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en mars 1941 au camp de Qastina en Palestine alors que la brigade se préparait à rentrer en Syrie où Vichy s’apprêtait à accueillir les forces allemandes. C’est devenu très vite un grand ami. J’appréciais sa vaste culture internationale, son sens de la rigueur, sa force de caractère, sa fierté et son humour très british. Comme nous, il avait choisi la rébellion à un ordre injus­te imposé à son pays. De sa part, c’était le refus de la domination allemande sur son pays natal, l’Autriche, pour nous, le refus de l’armistice humiliant de juin 1940.
Nous nous sommes retrouvés cinquante ans après et nos deux familles sont restées en relation étroite jusqu’à son « départ ». Nous faisions des parties animées de bridge. Au cours de nos réunions, conteur malicieux et charmeur, il nous envoûtait avec le récit de ses navigations transatlantiques ou méditerranéennes et nous faisait revivre la Grèce des îles avec enchante­ment. Il parlait d’ailleurs la langue de la Bouboulina comme un marin grec.

Enfin, il a toujours gardé une grande vénération pour le général de Gaulle.

Il est mort à Hyères dans sa 87eme année, le 1er mars 2007. La cérémonie s’est tenue à l’église Saint-Louis à Hyères où sa famille et ses nombreux amis lui ont rendu un dernier hommage.

Pierre Simonet, le 22 avril 2007.

Mise en ligne: Jean-Marie Pefferkorn

Vous devriez apprécier

Laisser un commentaire