
L’insigne de la 13e DBLE est un symbole de l’engagement et des traditions de ce régiment d’élite.

Couverture du Livret réalisé par l’ONAC du Puy-de-Dôme
Cet article cite de larges extraits du Livret réalisé par l’ONAC du Puy-de-Dôme
Raphaël Prado (ou Prados) est né le 5 mars 1917 à Castro del Río, dans la province de Cordoue en Espagne.
Il a vingt ans lorsque, le 18 juillet 1936, éclate la guerre civile espagnole, avec le débarquement sur la péninsule de troupes du Maroc espagnol, commandées par le général Franco. La IIe République, née au printemps 1931, est en danger. Beaucoup de garnisons militaires du sud de l’Espagne passent à la rébellion.
Les républicains réorganisent leur armée à partir de militaires loyalistes et de volontaires. C’est ainsi que Raphaël Prado fait partie du 2e escadron du 1er régiment de cavalerie de l’armée républicaine espagnole. Durant deux ans et demi, il participe à de nombreux combats. Après la chute de Barcelone, le 26 février 1939, et la déroute de l’armée républicaine espagnole, son régiment part en train avec les chevaux, de Figueras, au nord de la Catalogne, et rejoint Perpignan….
De là, Raphaël Prado est interné, de février à décembre 1939, au camp proche de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales). Aucun baraquement. Raphaël PRADO : « on dormait à la belle étoile, avec une chemise pour seul vêtement. Pour se protéger du froid, on faisait des trous dans le sable ».
Les internés sont chargés ensuite de construire des abris, des baraques en planches, couvertes de tôles ondulées. 80.000 personnes se trouvaient dans ce camp, en février 1939 et 90.000 en mars 1939. « On manquait cruellement de nourriture dans ce camp » poursuit Raphaël Prado. «On nous donnait un pain pour 25 personnes et une sardine pour chacun ».
Si un interné cherchait à franchir les fils de fer barbelé qui cernaient le camp, il était renvoyé en Espagne, où l’attendait une mort probable.

Réfugiés espagnols pendant leur transfert au camp du Barcares (Pyrénées-Orientales)
(www.histoire-immigration.fr)
Dans le camp du Barcarès où Raphaël Prado est affecté le 4 décembre 1939, la situation matérielle s’améliore pour lui. Le camp est plus petit que celui de Saint-Cyprien. Il affirme n’y avoir manqué de rien et y avoir connu des conditions de vie plus supportables.
C’est là que Raphaël Prado choisit de s’engager dans la Légion étrangère. En effet, le gouvernement français, confronté au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, en mai et juin 1939, propose aux Espagnols réfugiés en France de troquer leur condition de « prisonniers » contre celle de « soldats ». Il fait appel aux sentiments antifascistes des réfugiés espagnols et à leur devoir envers le « pays d’accueil »
Raphaël Prado signe alors un contrat pour la durée de la guerre. L’instruction des légionnaires, en majorité espagnols, mais aussi, russes et polonais se fait en français. Lorsque ceux-ci s’adressent aux capitaines et officiers, un interprète assure la traduction.
Le 6 février 1940, Raphaël Prado quitte le camp du Barcarès. Il est affecté au 1er bataillon du 2e régiment de marche des travailleurs volontaires étrangers. Le 1er mars 1940, il embarque à bord du « Patria » à destination de la Syrie, sous mandat français depuis 1920.
Après l’armistice franco-allemand, les troupes britanniques du Levant et les Forces Françaises Libres pénètrent dans les pays sous mandat français, en Syrie et au Liban, restés sous administration du gouvernement de la France occupée.
Fait prisonnier, Raphaël Prado fait le choix de rejoindre les rangs de la 13ème DBLE, (Demi-Brigade de Légion Étrangère), à la 7ème compagnie du 2ème bataillon (La “Phalange Espagnole” de la France Libre) participant désormais à son épopée victorieuse.

Du 27 mai au 10 juin 1942, c’est la bataille de Bir-Hakeim en Libye au cours de laquelle les Forces Françaises Libres arrêtent l’avance de l’armée de Rommel avant de rejoindre les troupes britanniques en Egypte.

Bir-Hakeim, PC du BM2. Commandant Amiel, capitaine Faure à la “binoculaire”,
képis recouverts d’une chéchia de tirailleur.
(Crédit : ECPAD)
Raphaël Prado est blessé aux combats d’El-Himeinat en Egypte, durant la bataille d’El-Alamein les 23 et 24 octobre 1942 ; son chef de corps, le lieutenant-colonel Amilakvari succombe à ses blessures.
La longue course victorieuse se poursuit en Libye et en Tunisie, aux débarquements d’Italie puis de Provence, à la libération du sud et de l’est de la France.
Mais la route de Raphaël Prado s’arrête brutalement en Haute-Saône, où les combats sont furieux et meurtriers, souvent au corps à corps.
C’est à Larmets de Fresse, le 28 octobre 1944 que Raphaël Prado reçoit des éclats de grenade dans l’avant-bras droit, la main gauche et à la tête. Il perd le bras droit et l’œil gauche. Il est déjà nommé caporal.


Il séjourne alors dans divers hôpitaux, puis dans le Puy-de-Dôme, où il rencontre son épouse, fonde une famille et s’installe définitivement. Il ne retournera en Espagne qu’en 1974, un an avant la mort de Franco.
Resté fidèle à la Légion Etrangère, Raphaël Prado eut l’honneur d’accompagner le porteur de la main du Capitaine Danjou à Aubagne, le 30 avril 2005. Il est décédé en décembre 2011.
Distinctions
Pour ses actions, Raphaël Prado a obtenu deux citations : une à l’ordre de la Brigade (OG N°50) et l’autre à l’ordre de l’Armée.
Il est titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze et palme, la médaille coloniale avec agrafe : « Levant, Libye, Bir Hakeim », la Médaille commémorative 1939-1945 avec barrettes « En France » « Italie » «Libération », la médaille commémorative du Levant et la médaille des blessés. Il a obtenu la carte de combattant volontaire de la Résistance extra métropolitaine le 18 août 1954. Il est titulaire de la médaille militaire avec palme et est officier de la Légion d’honneur.
« Hommage à mon oncle »
“Rafaël Prados vient de nous quitter à l’âge de 95 ans. Son histoire a marqué pour toujours celle de notre famille espagnole qui dans les années soixante est venue le rejoindre en Auvergne. Son courage, sa ténacité et sa capacité à être à l’écoute du monde qui l’entoure et de ses proches nous ont fait grandir et prospérer dans un pays qui est devenu le nôtre. Nous sommes admiratifs de son parcours d’ancien combattant. Les hommages militaires lui ont été rendus et nous sommes fiers de lui. Nous le remercions aussi d’avoir, en son temps, épaulé ses frères et sœurs immigrés comme lui mais pour des raisons économiques. Il a été un exemple pour tous.
Tito Rafaël, ta sœur Salud PRADOS BRACERO tes neveux et nièces te rendent hommage et n’oublieront jamais ton dynamisme, ta joie de vivre. Tu nous manques déjà“.
Josefa LABORDERIE née REYES PRADOS
SOURCES
Raphaël PRADO, de la République espagnole à la libération de la France en passant par Bir Hakeim et El-Alamein – ONAC du Puy de Dôme. (lien de téléchargement)
Rafaël PRADO sur le site Françaislibres.net
Mise en ligne par Jean-Marie Pefferkorn
