Extraits de l’article d André Coubet, publié sur le site espace de mémoire.fr
« Les pensionnaires des maisons de retraite sont les derniers témoins des événements tragiques ou héroïques de la seconde guerre mondiale. J’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques années dans l’une d’elles, à Maxéville, un de ces hommes doté d’une grande valeur intellectuelle, et d’un grand courage physique et moral, un de ces soldats professant un profond patriotisme : le colonel André Gravier.


André GRAVIER
(Photo Ordre de la Libération)
Né le 18 mai 1911, à Eloyes, dans les Vosges, issu d’une famille d’ouvriers du textile, André Gravier fut pupille de la Nation. Son père ayant été tué dans la Somme en 1916 il devint boursier et put poursuivre ses études, au Collège de Remiremont, puis au Lycée Henri Poincaré de Nancy. Elève brillant, bachelier en 1930, il entre l’année suivante à l’Ecole Polytechnique. Après deux années passées à l’École militaire et d’application du Génie à Versailles il est nommé sous-lieutenant. Il sert successivement au 19e régiment du Génie en Algérie et à la Chefferie des travaux du Génie à Gap en 1933. Quand sa mère meurt en 1935, plus rien ne le retient en métropole il souhaite regagner l’Afrique.
Affecté alors au 32e bataillon du Génie d’Alger, hors des préjugés répandus de l’époque, il se lie d’amitié avec les “indigènes” et épouse la petite fille du pacha d’Alger Elisa Boulouk descendante d’une famille ottomane de grande notoriété.

Insigne appartenant au 32e Bataillon du Génie
(Photo wikipédia.org/)
En août 1939, capitaine, il est envoyé au Levant (la Syrie actuelle, à l’époque sous protectorat français) à la tête d’une compagnie affectée aux travaux du Génie d’Alep.
En juillet 1941 la voie de la soumission est alors prônée par le Maréchal Pétain et les autorités vichystes et il est proposé aux militaires français de l’armée de Syrie de rentrer en France. Il fait alors partie de la minorité des 45 000 militaires français et autochtones qui choisit de continuer à se battre dans les rangs de la France Libre refusant la neutralité et la collaboration avec l’Allemagne nazie alors que le général Dentz commandant les troupes françaises, se sent lié par la signature des conditions de l’armistice ce qui entraînera un combat fratricide.
Au mois de décembre suivant André Gravier est affecté à la Division Française Libre en tant que capitaine, chef du génie divisionnaire de la première brigade française libre commandée par le général Koenig.
C’est ainsi qu’il se retrouve à Bir-Hakeim en février 1942 à la tête de la 1ère compagnie de combat et de la 1ère section de parc du génie renforcées par un “squadron” du génie britannique et deux sections de pionniers de la Légion, face aux forces de l’Afrika-Korps.
Au printemps 1941 Rommel nommé à la tête de l’Afrika-Korps par Hitler en Libye afin d’enrayer la déroute des Italiens, avec mission de s’introduire en Egypte et de s’emparer du canal de Suez, réussit à stopper la débâcle italienne. Ses troupes avancent de la Cyrénaïque (à l’est de la Libye) jusqu’aux abords de la frontière libyenne-égyptienne. Il manœuvre si habilement qu’il est surnommé le “Renard du désert“.

En mai 1942 Rommel, face à la VIIIe armée britannique, souhaite reprendre le port de Tobrouk dont les installations sont essentielles pour le ravitaillement de ses troupes. Dans le dispositif de défense des forces anglaises qui prévoit le contrôle d’un quadrilatère de 3000 km2, la 1ère Brigade française libre, la B.F.L, est chargée de défendre le sud de cette zone de défense avec le bordj (c’est-à-dire un point d’eau) de Bir- Hakeim, en plein désert, à environ 60 km au sud–ouest de Tobrouk situé sur la côte de Cyrénaïque.
C’est en février 1943 que le général Koenig est affecté à la défense de Bir Hakeim. Pendant trois mois de période calme, il organise la position sur 16 km2 de désert plat. Il disposera le jour de l’attaque de 3725 hommes doté d’un matériel important, mais manquant d’artillerie lourde.

Des fortifications de campagne sont aménagées et des barrages de mines sont implantés. A Bir-Hakeim la responsabilité d’André Gravier est énorme. Avec son sérieux, et sa compétence aux côtés de ses hommes qu’il sait entraîner et former, il disposera 142 000 mines et comme il le dira lui-même
“selon la méthode de Vauban“, en hérisson ».
Témoignage du Capitaine André Gravier, commandant la 1re compagnie du Génie. « Pour un total général de 142 200 mines de tout genre, cette réalisation est une « mission impossible » pour les moyens organiques du Génie : un commandement du Génie « pour mémoire », une compagnie de sapeurs mineurs – à moitié des effectifs de l’équivalent anglais -, un parc du Génie. C’est pourquoi viendront les renforcer ces éléments : les deux sections de Pionniers (60 hommes chacune), des deux bataillons de Légion étrangère, une compagnie de « Royal Engeneers » du 13e C.A. britannique, forte de 250 hommes, avec un commandant et six autres officiers. Tout cela sous l’autorité du Génie des FFL.
Trois mois de travail sans dimanche ni repos, par tous les temps, avec les mêmes rations d’eau que tout le monde ».

Cet emblème est celui du Corps des Royal Engineers (le Génie royal),
une branche de l’armée de terre britannique, souvent surnommée les « Sappers » (Sapeurs).

Témoignage de l’Aspirant Jacques Roumeguère, 1er Régiment d’Artillerie.« Pendant deux années passées à l’École militaire et d’application du Génie la promotion du capitaine Henri Gravier avait reçu un enseignement de la fortification dont les élèves, dit-il, avaient été fortement marqués, particulièrement par Vauban.
En analysant sur place les conditions prévisibles du siège que devrait subir le camp retranché, selon les prévisions des états-majors, Le Capitaine Gravier constate qu’elles se prêtent à la stratégie d’assaut des forces fortifiées conçues par Vauban.
Le raccordement au barrage de mines «Gazala-Bir Hakeim » qu’il réalisera sous l’autorité du général commandant le Génie du 30e Corps britannique, comprend deux bandes minées en forme de V dont le camp fortifié en est le pôle d’ancrage au sud.
L’analyse des fonctions de la fortification Vauban suggère au capitaine Gravier une adaptation de sa configuration et de son principe de fonctionnement à la situation locale pour la défense antichar de Bir Hakeim.
Le capitaine Gravier conçoit un complexe miné dont l’adaptation au terrain est facilitée par la planéité en surface du site de Bir Hakeim ;il diffère de la « fortification Vauban » en ce que celle-ci présentait un profil terrassé en surélévation, alors que les mines sont enterrées à même le sol.
Le «champ de mines » formé par une bande minée dense et continue, doublée aux endroits sensibles, ceinture la position et oppose une obstruction majeure et ultimes aux tentatives de pénétration en force, comme le rempart de la fortification Vauban.
La zone « marais de mines », de moindre densité, bloque la progression de l’assaillant et le maintient sous les tirs des armes lourdes : elle remplit la fonction du fossé retardateur du glacis en pente de la fortification « Vauban ».
Le plan de mines de Bir Hakeim présente ainsi des analogies frappantes avec celui de Neuf-Brisach, modèle de fortification Vauban en terrain plat ».

Plan de Neuf-Brisach, Ville de la Haute-Alsace Construite par Mr. le Maréchal de Vauban
(Photo Gallica- BnF.fr/)
Rommel souhaite attaquer par le Sud pour contourner les forces britanniques et envelopper la VIIIe armée britannique par l’arrière et faire ainsi sauter le verrou de Bir-Hakeim pour le 27 mai.
Ce même jour les forces allemandes et italiennes percent le centre du dispositif britannique et s’emparent d’une position centrale Gott-el-Oualeb. C’est alors que la prise de Bir-Hakeim plus au sud devient de plus en plus urgente pour Rommel, d’autant plus que les Français de Division Française Libre ont procédé à de nombreux coups de mains, se sont emparé de nombreux véhicules et ont fait plus de 120 prisonniers et libéré 620 hommes d’une brigade motorisée hindoue.
Le 27 mai, l’attaque est lancée par Rommel sur Bir-Hakeim avec la division italienne Trieste et la 90e division allemande légère appuyées de trois régiments blindés de reconnaissance, de dix groupes d’artillerie et de la Luftwaffe qui va effectuer 1300 sorties du 2 au 11 juin (L’aviation italienne et allemande effectuera au total plus de 1400 sorties sur Bir-Hakeim déversant au moins 2000 tonnes de bombes.)
L’aviation ennemie dispose de plus 40 Junkers, bombardiers lourds, et de 100 bombardiers légers, ces Stukas qui continuent à effrayer chacun par leurs hurlements de sirène comme ils affolaient les civils français et belges pendant l’exode de 1940. Trois jours de suite malgré les violents bombardements de l’aviation ennemie et les tirs de l’artillerie des forces de Rommel de calibre de 155 et de 210 mm, les forces françaises vont résister.
Malgré trois ultimatums de reddition les 2, 3 et 5 juin Bir-Hakeim ne se rend toujours pas et tient bon.
Rommel qui dispose de 30 000 hommes, de 270 pièces d’artillerie et de 350 chars est tenu en échec, mais il veut absolument faire sauter le verrou de Bir-Hakeim. Le 8 juin il applique la technique qu’il a choisie, celle de l’écrasement, puisque ses troupes se voient incapables de pénétrer au cœur du dispositif de défense. Et l’étau se resserre sur Bir-Hakeim.
Le capitaine Gravier surveille les champs de mines, fait réimplanter des mines dans les zones où les hommes du Génie allemand les ont enlevées. Il constate avec surprise des failles dont il ne se sent pas responsable ; il les révèle au commandement qui ne s’en préoccupe que trop peu à son avis.
La position est de plus en plus intenable. L’eau et les obus des pièces de 75 modèle 1897 véritables canons anti-chars, commencent à manquer.
Le général Koenig décide alors la sortie en masse de toute la garnison dans la nuit du 10 au 11 juin; l’heure est fixée à 23 h 30, mais la manœuvre est mal préparée. L’ordre a été donné au génie d’élargir le passage entre les champs de mines, à 200 m. Celui de la porte sud large de 57 m va être porté à 100 m. André Gravier manie lui-même le détecteur de mines “la poêle à frire” selon l’expression militaire, mais de grosses difficultés surgissent : des amas de barbelés à certains endroits empêchent cette réalisation. Gravier cherche à informer Koenig et se perd en pleine nuit dans le dédale des trous de bombes. A minuit la compagnie Wagner du 2e BLE sort à pied sans encombre, mais les “Bren carrier” qui suivent avec le général et les véhicules du Q G s’égarent dans le marais de mines et déclenchent l’illumination du champ de bataille.
Témoignage du Capitaine André Gravier commandant la 1re compagnie de sapeurs mineurs du Génie
« J’ai reçu les ordres du général Kœnig pour le déminage de la sortie. Je communique mes ordres à chacun, je serai moi-même à la sortie dès la tombée de la nuit. Ce travail a commencé dès la tombée du jour.
Gravier manie lui-même le détecteur de mines, a poêle à frire. Les sapeurs présents mettent à l’abri les 120 mines déterrées, mais les difficultés se présentent. A gauche, côté du Fort, on bute sur des amas de boudins barbelés, entassés sur trois hauteurs et munis de sonnettes qui, avec leur tintamarre, donnent l’alerte aux veilleurs.
Sur le côté droit vers l’ouest, on bute assez rapidement sur les mêmes amas de barbelés sur trois mètres, avec les mêmes clochettes, les barbelés continuent d’ailleurs au-delà.
Et contre le champ de mines entourant la position, il y a le fameux marais de mines, qu’il n’a jamais été question de déminer, vu l’impossibilité ou l’extravagance de la proposition. Gravier mesure l’ouverture de la passe : à son pas calibré, il y a 57 mètres.
C’est tout ce qu’il est techniquement possible de faire, malgré la présence de plus de 35 sapeurs, du Capitaine Gravier et du lieutenant Léonetti. Élargir plus risquait d’ailleurs d’envoyer les sortants directement dans le champ de mines.
En une demi-heure un passage de 60 mètres est ouvert et je rentre à l’intérieur où je me perds dans la nuit si noire, ne reconnaissant aucun des endroits familiers. Je tourne pendant plus d’une heure, puis je reviens vers la sortie en compagnie d’autres camarades. Vers minuit, l’ennemi, mis en éveil, commence à tirer avec ses balles traceuses qui convergent sur nous. Des fusées projettent une lueur blafarde sur le désert. Je suis revenu en tête de la colonne.
Deux cents véhicules sont bloqués et attendent le dégagement. Il est alors décidé de forcer le passage. Il est deux heures du matin. La traversée des lignes allemandes se fait sans trop d’encombres mais un canon allemand prend à partie tout véhicule qui continue à sortir. Avec son Bren carrier, le capitaine Gravier fonce sur le canon allemand et le détruit juste au moment où son véhicule reçoit un obus qui tue le lieutenant Dewey à ses côtés, ainsi que deux soldats et le blesse lui-même grièvement.
Douze heures plus tard Gravier qui a réussi à se traîner dans le désert avec près de vingt éclats dans le visage, et perdu un oeil, est récupéré par une patrouille anglaise, alors que la diffusion de la nouvelle de sa mort s’est répandue. Les deux tiers de la garnison de Bir-Hakeim ont pu échapper malgré tout à l’ennemi. Plus de 2500 hommes vont rallier l’armée anglaise, mais cette sortie en force se soldera par de lourdes pertes : environ 250 tués, 600 prisonniers et près de 400 blessés ».

« Le commandement du général Koenig sera mis en cause par le capitaine Gravier lors de la conduite de cette sortie. Outre le manque d’ordre précis au bon moment, son départ précipité avant ses hommes, est un des points délicats à comprendre. Pour le commandement militaire l’attitude critique vis à vis d’un supérieur, est un crime de lèse-majesté commis par André Gravier ce qui va le poursuivre tout au long de sa carrière et être un véritable frein à toute obtention d’une légitime promotion. Son avancement dans la hiérarchie militaire va devenir fort difficile. Il sera nommé néanmoins commandant du Génie à la 2e Division de la France Libre (DFL) en septembre 1943 après avoir combattu en Tunisie. (Promu commandant, André Gravier rejoint, le 9 mars 1943, près de Tobrouk, la 1ère Division française libre dont il devient le commandant du Génie divisionnaire. Après avoir participé avec cette grande unité aux combats de Tunisie où il se distingue de nouveau, notamment à Takrouna en mai 1943 ).
André Gravier constitue et organise le 2e Bataillon du Génie pendant la formation, à Temara, au Maroc, de la 2e Division blindée. En octobre 1943, le 2e Bataillon du Génie prend l’appellation de 13e Bataillon du Génie, placé sous les ordres du chef de bataillon Delage. Leur devise sera « A me suivre, tu passes ! »

Tout premier insigne du 13e Bataillon du Génie (13e BG)
Cameroun : Rappelle la section de pont de circonstance née à Yaoundé en 1940, embryon du génie de la Colonne Leclerc.
Syrie : Évoque le renfort de la compagnie de pontonniers FFL du Levant (Syrie/Liban) qui a rejoint l’unité après la bataille de Bir Hakeim.
Corps Francs : Fait référence aux traditions de combat d’élite et d’infiltration des sapeurs de l’époque.
La Croix de Lorraine rouge : Symbole indissociable de la France Libre.
Description de l’Insigne
La pelle et le pic : Les outils traditionnels du Sapeur.
Le chiffre 13 : Le numéro du bataillon.
Le fond bleu : Couleur traditionnelle de l’arme du Génie.
Cet insigne n’a jamais été officiellement homologué par l’armée sous cette forme
La légende va se substituer à l’histoire comme souvent. Le général Koenig sera le grand vainqueur de Bir- Hakeim à la tête de ces soldats français valeureux que Rommel traitait avec un certain mépris.
Mais les choses sont toujours plus complexes. Si le général Koenig est un combattant courageux et valeureux il a semblé montrer quelques défaillances dans son commandement. Quoi qu’il en soit le but final fut atteint, la résistance de Bir-Hakeim en retardant de seize jours, les forces de Rommel, a permis à la VIIIe armée anglaise de se reprendre et de s’établir sur des positions solides et va rendre possible du 23 octobre au 4 novembre 1942, la riposte des forces alliées et la victoire décisive d’El Alamein (à 100 km à l’ouest d’Alexandrie) portée à l’actif du général anglais Montgomery.
*Après la bataille de Tunisie à laquelle il participa, André Gravier est incorporé dans la 2e Division Blindée commandée par le général Leclerc.
Il est alors chargé de recruter et de former les sapeurs du 13e bataillon du Génie. Du 1er au 3 août 1944, avec la Division Leclerc il débarque sur la plage d’Utah Beach en Normandie.
Avec ses sapeurs André Gravier assure le passage des troupes et des chars de Leclerc en déjouant les pièges, les mines et les obstacles dressés par l’ennemi en retraite. En septembre il participe à la libération de Vittel et à la bataille de chars de Dompaire. Pour permettre le passage de la Moselle entre Nomexy et Châtel à la 2ème Division Blindée il fait lancer sous le feu de l’ennemi deux ponts sur le Canal de l’Est et un pont sur flotteurs, sur la Moselle en pleine nuit.

Les sapeurs du 13e Génie établissent un pont sur la Moselle.
Musée du Général Leclerc et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin (Paris Musées)
Début octobre à Lunéville quelques semaines après l’attaque des chars allemands qui ont tenté de reprendre la ville aux mains des Américains, le général Leclerc demande à André Gravier un moyen de conduire ses chars au nord de Baccarat afin d’établir selon ses prévisions, une base pour le passage des cols des Vosges et d’entreprendre sa marche vers Strasbourg.
Pendant quatre jours le commandant du Génie de la 2e D. B. Gravier, épaulé par le 1101e Engineer Combat Group de l’armée américaine, doté de 120 camions-bennes GMC, va faire établir une piste empierrée de 4 km à travers la forêt de Mondon entre la RN 4 et la RN 59 et permettre ainsi le succès de l’entreprise.
Le 31 octobre les chars de la 2e Division Blindée déboucheront là où les Allemands ne les attendent pas, près d’Azerailles et ce sera la prise de Baccarat, puis dans la lancée, le passage des Vosges et la libération de Strasbourg, le 23 novembre 1944 où, sur la place Kléber le général Leclerc pourra déclarer que le serment de Koufra est enfin tenu, c’est-à-dire la libération de la France jusqu’à Strasbourg.
(Ainsi, la prise de Baccarat fin octobre 1944 en est un exemple révélateur. Lorsqu’elle débarque le 1er août 1944 à Utah Beach, les principales unités de la 2e DB sont : l’état-major, le régiment de marche du Tchad (RMT), le 1er régiment de marche du spahis marocains (1er RMSM), le 501e régiment de chars de combat (501e RCC), le 12e régiment de chasseurs d’Afrique (12e RCA), le 12e régiment de cuirassiers (12e RC), le régiment blindé de fusiliers marins (RBFM), le 13e bataillon du génie et trois groupes d’artillerie).
En huit mois avec ses sapeurs, André Gravier aura réalisé 72 franchissements dont 28 ponts sous le feu de l’ennemi, tout en dégageant les obstacles et les mines placés par l’armée allemande en retraite.
Proposé à un grade supérieur par le général Leclerc qui insiste, car il sent une résistance au Ministère,le commandant André Gravier malgré le risque d’être maintenu à son grade, est enfin nommé lieutenant- colonel par le général Leclerc en novembre 1944.

Monument dans la forêt de Mondon (Meurthe-&-Moselle)
rappelle les travaux de terrassement considérables effectués par le 13 ème Génie
pour préparer l’attaque par surprise des défenses du secteur de Baccarat
fin octobre et début novembre 1944.
Épuisé par la campagne d’Alsace qui s’est déroulée dans des conditions de vie extrêmes, le nouveau promu est fin mars 1945, évacué sanitaire à Châteauroux est envoyé au Val de Grâce, section tuberculose. Il y restera jusqu’à sa guérison en 1947.
Rétabli on tentera de lui confier un poste placard de professeur à l’École du Génie. Il choisit la réforme et pour lui, la loi sur le dégagement des cadres ne va pas s’appliquer. Il ne sera pas élevé au grade supérieur comme le veut la tradition. Revenu à la vie civile il deviendra ingénieur des Travaux publics. Il se remariera après la guerre et aura deux filles.
Mais si André Gravier fut maintenu dans son grade, nous savons combien, il restera glorieux dans le souvenir des hommes de notre époque. Décédé le 14 novembre 2004, six jours plus tard un hommage lui a été rendu au crématorium de Nancy en présence de soldats du 13ème Bataillon du Génie en tenue, sans armes, sans cérémonial militaire conformément à ses dernières volontés, en présence de ses filles, de toute sa famille et de tous ses amis.
Ses cendres seront inhumées au cimetière du Valdahon parmi ses soldats. Il avait reçu la croix de compagnon de la Libération le 9 septembre 1942 des mains du général De Gaulle.


C’est ici que se trouvent les cendres d’André GRAVIER (1911-2004)
VALDAHON (25) : camp militaire du 13e Régiment du Génie
(Photo landrucimetieres.fr)
Mais la plus belle de ses reliques et de ses récompenses était une photo que lui avait dédicacée le général Leclerc le 18 juin 1945 avec ces mots : “Au colonel Gravier sans lequel jamais la 2e D.B. n’aurait pu réaliser les performances exécutées. En gage d’amitié fidèle. Leclerc.“
André Courbet
Distinctions
• Commandeur de la Légion d’honneur
• Compagnon de la Libération, par décret du 9 septembre 1942[8],[9]. La croix de la Libération lui est remise par le général de Gaulle
• Croix de guerre 1939-1945 avec 6 citations
• Médaille de la Résistance française
• Croix du combattant volontaire de la guerre de 1939-1945
• Croix du combattant volontaire de la Résistance
• Médaille coloniale avec agrafes, « Bir Hakeim »
• Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre
• Insigne des blessés militaires
• Médaille commémorative de Syrie-Cilicie
• Presidential Unit Citation, décoration décernée aux unités des Forces armées des États-Unis
• Chevalier de l’ordre national du Cèdre

Insigne de la promotion « LCL Gravier » de l’ENSIM
(Wikipédia)

Photographie de Jérôme Kerfech du Compagnon André Gravier (à droite),
prise lors des commémorations de l’Appel du 18 juin au Mont Valérien
Le 18 juin 2012 a eu lieu le dévoilement à Éloyes d’une plaque relative au 70e anniversaire de la bataille de Bir Hakeim et un hommage au lieutenant-colonel Gravier, compagnon de la Libération, né à Éloyes le 18 mai 1911. Cette plaque est située près de la nouvelle passerelle, sur le chemin qu’empruntait André Gravier enfant pour aller à l’école.


En hommage à son courage, une plaque a été apposée sur la passerelle spinalienne.
(Photos Jérôme Humbrecht)
Publications de André Gravier :
• La vérité sur Bir-Hakeim, Essey-lès-Nancy 1990
- Les Sapeurs de Leclerc. Le 13e Génie, Impr. de la Fédération nationale des travaux publics, Paris 1982 (avec le général Cholley)

Autres sources
Biographie du Compagnon André Gravier (site de l’Ordre de la Libération)
Articles de la Revue de la Fondation de la France Libre n° 44 – Juin 2012 –
Spécial 70e Anniversaire de Bir Hakeim :
- Extrait du carnet de route d’un sapeur de Bir Hakeim, par André Gravier
- Jacques Roumeguère, “La 1ere BFL à Bir Hakeim”
Publication « Au jour le Jour à Bir Hakeim », Blog DFL
Rédaction et mise en ligne : Florence Roumeguère et Jean Marie Pefferkorn
Sources photos
Photos Jérôme Humbrecht
Photo landrucimetieres.fr
wikipedia.org
Musée du Général Leclerc et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin (Paris Musées)
Photo Gallica- BnF.fr/
Ordre de la Libération
