Rolf Weinberg est né dans la ville de Westphalie à Herford en 1919. Son père était le directeur de l’entreprise de fabrication de chocolat de la famille. Le jour suivant l’accession d’Hitler au pouvoir, Rolf et sa sœur ont été attaqués par des élèves de leur gymnase, tandis que la plupart des enseignants regardaient en riant. Il a déclaré: «Le lendemain de l’arrivée d’Hitler au pouvoir, mes soi-disant amis d’école sont tombés sur moi. Ils m’ont frappé et m’ont piétiné pendant que les professeurs restaient là et ne faisaient rien. Les cinq années suivantes ont été un cauchemar. » Leurs parents les ont retirés de l’école sans hésitation. Rolf est devenu un apprenti dans un magasin de textile appartenant à une famille juive. Ici, il a acquis de l’expérience dans l’administration du bureau.
En septembre 1938, Weinberg a été informé qu’il était sur le point d’être arrêté par la Gestapo. Il a réussi à éviter la capture, se déplaçant rapidement à Hambourg avant de partir pour Montevideo, en Uruguay, à l’âge de 19 ans.

Rolf Julius Weinberg
(francaislibres.net)
Parcours militaire :
Rolf Julius Weinberg est arrivé à Londres pour rallier les Forces Françaises Libres en 1943, après un passage par l’Afrique du Sud. Le passage par l’Afrique du Sud correspond à son long voyage pour rejoindre le quartier général du Général de Gaulle. À cette époque, les routes maritimes directes étant dangereuses ou bloquées, de nombreux volontaires venant d’Amérique ou d’autres continents devaient faire escale ou transiter par des ports comme Le Cap ou Durban pour ensuite remonter vers le Royaume-Uni.
Récit par Rolf Weinberg de son engagement aux Forces Françaises Libres (Discours prononcé au consulat général de France lors de la remise de documents lui conférant la nationalité française pour services militaires rendus à la France pendant la Deuxième Guerre Mondiale)
« À mon arrivée à Londres, le général de Gaulle m’a fait convoquer à son quartier général, ayant remarqué ce jeune homme qui se démenait pour rejoindre les Forces Françaises Libres“.
Il m’a demandé — je cite ses paroles — :
« Pourquoi, jeune homme, voulez-vous vous battre avec nous dans les F.F.L. ? »
Je lui ai répondu, en présence du professeur René Cassin qui assistait à cet entretien :
« Mon général, j’ai perdu, comme vous-même et par la faute des nazis, tout ce qui m’est cher. Nous nous trouvons tous les deux dans le même bateau ! Si je peux aider à libérer la France et l’Europe de cette peste hitlérienne à vos côtés, j’en serai très honoré. »
Ma réponse lui a certainement plu, car il m’a serré la main en disant :
« Bienvenue aux F.F.L. »
Il a ensuite donné l’ordre au professeur Cassin de m’escorter au camp d’entraînement de Camberley, tout en insistant pour que je reste à ses ordres directs. Cela tenait aux nombreuses langues que je savais parler et comprendre, dont l’allemand, ainsi qu’aux informations que je pouvais lui fournir sur les brutalités de la Gestapo. »
Rolf a passé l’année 1941 au camp des Forces Françaises Libres de Camberley, où il a suivi une formation militaire rigoureuse. À l’issue de celle-ci, il a été promu au grade de sous-lieutenant. En décembre de la même année, il fut envoyé en mission au Liban afin d’interroger des officiers allemands capturés qui tentaient d’infiltrer les rangs de la France Libre. C’est à cette période que Rolf Weinberg a cessé d’exister pour laisser place à sa nouvelle identité : Henri Rovey.
En juillet 1942, Henri Rovey rejoint la 1ère Division Française Libre alors placée sous le commandement du général Koenig. Sa division fut intégrée aux opérations de la 8e armée britannique du général Montgomery, participant aux combats décisifs qui menèrent les troupes de la bataille d’El Alamein jusqu’à Tunis.
Après la bataille contre la ligne Mareth en Tunisie : ” De retour à la division, le général Diego BROSSET, sur ordre du général de Gaulle, m’a convoqué au QG 50.
Après un long entretien en espagnol, langue que nous parlions tous les deux couramment, il m’a informé que j’étais muté au premier DCR, QG 50, une unité considérée comme unité d’élite.
Je me suis trouvé là avec le sous-lieutenant Pierre PASQUINI. Je pense que rarement pendant cette guerre on n’a pu trouver des êtres aussi humains que Diego Brosset et Pierre Pasquini.
J’ai pleuré comme un enfant lorsque le général Brosset est mort pour la libération de la France.
Après la guerre, je suis resté en contact avec Pierre Pasquini et nous sommes devenus de bons amis.
Il a joué, à un moment donné, un rôle important dans ma vie.
La perte de ces deux hommes, Diego BROSSET, qui n’avait que 46 ans et Pierre PASQUINI, décédé le 1er mars 2006, a été très douloureuse pour ceux qui les ont connus et se sont battus à leurs côtés”.
Le déploiement et les missions secrètes (1943-1944)
En juillet 1943, Rolf participe à une opération clandestine d’envergure : il fait partie des 17 officiers (OCN) chargés de livrer à la Haganah des armes capturées à l’Afrika Korps. À leur arrivée à Rehovot, les hommes, les yeux bandés pour garantir le secret de la mission, sont conduits auprès de Moshe Dayan. Cette rencontre marquera le début des liens indéfectibles que Rolf entretiendra avec les chefs militaires israéliens tout au long de sa vie. (Haganah: organisation paramilitaire sioniste en Palestine mandataire entre 1920 et 1948, lorsqu’elle est devenue le noyau de l’armée israélienne Tsahal).
Officier de Complément : Il s’agit d’un officier qui n’appartient pas à l’armée de carrière (d’active), mais qui a été recruté ou promu durant le conflit en raison de ses compétences ou de son engagement (comme c’est le cas pour les engagés volontaires de la France Libre).
Nomade : Ce terme était souvent utilisé pour désigner des unités ou des personnels rattachés à des troupes coloniales ou des unités de méharistes (troupes du désert), particulièrement mobiles. Dans le cadre de la 1re DFL et des opérations en Afrique du Nord/Moyen-Orient, cela désignait des officiers dont les missions demandaient une grande mobilité sur le terrain.
Promu au grade de Major au sein des Forces Françaises Libres en juillet 1943, il s’illustre sur le front lors de nombreuses batailles entre 1943 et 1944. Lors du débarquement de Provence en 1944, il joue un rôle clé dans la libération du sud de la France, où il est chargé d’assurer la liaison avec les mouvements de la Résistance intérieure. Rolf évoque également une autre mission de haute importance, dont le général de Gaulle a personnellement ordonné que les détails restent classés “secret-défense” jusqu’en 2045.
Décorations :
Rolf a été décoré à de nombreuses reprises pour un service de combat exceptionnel et a reçu la Médaille Militaire – l’équivalent de la Croix de Victoria.
L’après-guerre : l’exil, les épreuves et le retour aux sources par Howard Spier
“Après la fin des hostilités, Rolf rejoint ses parents à Montevideo, en Uruguay. En 1954, il choisit de retourner en Allemagne pour une durée de quatre ans, où il met son expertise au service de l’industrie des logements préfabriqués.
En 1968, il s’installe en Espagne avec son épouse, Sarah, qui y fonde deux boutiques de mode masculine. Cette période espagnole est marquée par la persistance des menaces liées à son passé : Rolf confie avoir été, à deux reprises, la cible de commandos palestiniens. Lors de la seconde tentative, il échappe de peu à la mort lorsqu’un homme, assis à une table voisine de la sienne dans un café, est abattu par erreur à sa place.
Après le décès de Sarah en 1988, le destin ramène Rolf à ses premières attaches. En 1990, il s’installe à Londres pour retrouver Ruth, sa compagne de jeunesse. Parfaitement intégré à la communauté, il devient un membre actif de l’AJR (Association des réfugiés juifs), résidant pendant cinq ans dans un appartement de Cleve Road, et rejoint la synagogue de Belsize Square.
(L’AJR et Belsize Square : sont des institutions piliers pour les réfugiés juifs d’origine allemande et autrichienne à Londres, ce qui souligne son retour au sein de sa communauté d’origine).

Rolf Julius Weinberg est à droite
( francaislibres.net)
Peut-être qu’un jour, lorsque le sceau du secret sera levé, l’incroyable épopée de Rolf Weinberg — sans ombres ni silences — pourra enfin être racontée dans toute sa vérité “.
Rolf Julius Weinberg est décédé le 23 juin 2011 à l’âge de 92 ans.
Mise en ligne par Jean-Marie Pefferkorn
Source de l’article:
Français Libre net
