Ephéméride des évasions et du ralliement de la Côte française des Somalis à la France Libre – 2/3 : 1941

par Jean Marie PEFFERKORN
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A partir d’une relation historique (revue de la Fondation de la France Libre), cet article se décline en trois parties et donne accès à de nombreux comptes-rendus d’évasion de FFL (format PDF) entre 1940 et 1942, conservés aux archives du Shd à Vincennes et mises à disposition du Blog DFL par François FRISON-ROCHE, fils de Raymond Frison-Roche.


1941


En avril 1941, dans le contexte de la conquête des possessions italiennes d’Afrique orientale, la France Libre lance l’opération « Marie ». Ainsi, au poste frontière d’Ali Sabieh, on assiste à des scènes de fraternisation entre les Forces françaises libres qui viennent de participer à la libération de l’Éthiopie et les militaires vichystes. Gaston Palewski, qui a été nommé en mars délégué politique et militaire de la France Libre dans l’Est africain, charge le lieutenant Pierre de Maismont, libéré des geôles italiennes le 24 avril, et le lieutenant René Loiseau, servant au squadron n° 8 de la Royal Air Force sous le nom de J. R. Montcalm, ancien directeur de la Banque de l’Indochine à Addis-Abeba, de rédiger Djibouti libre , un journal qui paraît à partir de mai.

Le 5 avril 1941 , le sergent-chef Eugène Toudic, les caporaux Louis Auffret et François Cochinaire s’évadent à pied du PA n° 5 de Petite Mourdah (C.F.S.) vers Zeilah par le Goubet. Le 3e jour, Ils tentent d’échapper à des Askaris qui les ont repérés. S’ensuit une fusillade nourrie puis une chasse à l’homme de trois heures au cours de laquelle Cochinaire est encerclé. Toudic et Auffret se retrouvent sans bagage, ni eau ni pain, lorsqu’une pluie providentielle les sauve. Ils poursuivent leur route en empruntant l’oued Hol Hol et parviennent près d’un poste, pensant se trouver en Somalie anglaise.

Toudic est intercepté par le sergent-chef Rey du Poste vichyste de Lahérot sur la frontière de la C.F.S. et du Somaliland. Auffret qui a réussi à s’échapper sera retrouvé à 20 kilomètres de là. Rey fraternise avec les fugitifs et décide finalement le 7 mars de les aider à rallier la France Libre. Ils atteindront Zeilah d’où un boutre les conduit à Berbera. Le 18 avril, ils rencontraient les premiers FFL et s’engageaient dans la France Libre.

Le 7 ou le 8 avril 1941, le sergent Chatillon du B.T.S. 3 au poste-frontière de Loyoda franchit la frontière et sera recueilli par les Britanniques.

Dans la nuit du 7 au 8 avril 1941, les sergents Jean Treboute et André Dunas embarquent clandestinement de Djibouti avec trois camarades et après deux jours de traversée, débarquent à Zeilah.

Le 27 avril 1941, une mission militaire comprenant le lieutenant-colonel Brosset, le commandant Appert et le capitaine Magendie, est envoyée au Somaliland pour prendre des contacts avec le territoire et rassembler des renseignements, en vue d’un ralliement pacifique, mais le gouverneur vichyste réagit à la menace en faisant arrêter les personnes suspectes de sympathie gaulliste.

Le 27 avril 1941, le sergent-chef mécanicien René Gatissou, membre d’un réseau de renseignements et d’évasion, en liaison avec la Royal Air Force, menacé d’arrestation, s’empare de la vedette du gouverneur, avec le commandant du port de Djibouti, André Griveau et rejoint Zeilah (Somaliland).

Le 2 mai 1941 le sergent Roland Carbuccia de la 1e Compagnie du BTS N°2, stationné au lieu-dit Station de Pompage (Kilomètre 7), fait une nouvelle tentative le 2 mai 1941, avec la collaboration de M. Yervant Erzingansian protégé français, canonnier de 2e cl et 3 guides somalis achetés par nous. Parti du kilomètre 3 à 19 heures, le sergent Carbuccia s’est présenté en tenue à la chicane des barbelés coupant la route Djibouti-Nagad, secteur PA6 de la ligne de défense occupé par sa propre Compagnie. Arrêté par la sentinelle, il se fit reconnaître facilement de cette dernière en l’appelant par son nom et prétexta une mission pour conduire ses compagnons à l’ouvrage du Nagad et se faire ainsi ouvrir l’accès de la chicane.

La ligne de défense franchie le sergent Carbuccia et le soldat Erzingansian quittèrent l’uniforme pour revêtir un déguisement indigène qu’ils avaient emportés pour tromper les patrouilles d’avant-poste et de frontière : ils ne conservaient que leurs pistolets et leurs papiers d’identité et s’en remirent alors à leurs guides somalis qui les conduisirent, sans encombre, par un itinéraire N/W-S/E à la frontière atteinte vers le point 35.77, le lendemain matin, 3 mai 1941, à 6 heures. 3 heures après, ils se présentaient au poste anglais d’El Gore où ils furent hébergés et nourris jusqu’à l’arrivée dans la même journée du Capitaine Magendie et de 2 S/offs des FFL venus en patrouille de Zeilah.

Roland Carbuccia est mort pour la France le 1er novembre 1942 à El Alamein.

Alphonse Buttay

Dans la nuit du 4 mai 1941, le sergent-chef Barthélémy Gardoni et le caporal Jean Manousso s’évadent dans une embarcation depuis la presqu’île de Djibouti et parviennent au Somaliland le 26 juin 1941.

Ce même jour, le sergent-chef Georges Battaglini de la 1ère batterie du BTS de la CFS, le caporal-chef Alphonse Buttay et l’adjudant Hubert Corcos s’évadaient du Poste d’Ali Sabieh et rejoignaient Daoulé où ils furent reçus par le colonel Brosset et le commandant Appert.

Le 7 mai 1941, les mesures de sécurité sont renforcées, et le gouvernement annonce que les personnes suspectées d’entretenir des rapports avec les gaullistes seront fusillées. Deux femmes sont ainsi exécutées au col d’Ambato le 10 mai, un homme à Ali Sabieh le 12. Peu désireux d’engager un combat fratricide, le général Legentilhomme fait suspendre l’opération « Marie » le 12 mai et quitte Aden pour la Palestine le 28.

Le 26 juin 1941, le général Catroux crée un détachement somali des FFL dont le commandement est confié au chef de bataillon Appert. Composé à l’origine de trois pelotons méharistes et de quelques détachements d’infanterie, il sera renforcé en janvier 1942 par l’arrivée de cadres venus de Syrie et d’Afrique équatoriale française, ainsi que de volontaires évadés de CFS.

Partis de Djibouti le 17 août 1941, le sergent Émile Cayre, le brigadier Noël Lemarié et le brigadier Louis Chauvière longent le littoral en traversant des marécages ou en marchant dans la mer jusqu’aux abords du poste frontière de Loyada et parviennent au poste d’El Goret où ils sont accueillis par des Askaris Français libres.

Emile Cayre : « Nous sommes arrivés à Diré-Daoua, une ville de quarante-cinq mille habitants, où étaient installés des Français Libres, d’origine civile ou militaire, qui nous reçurent magnifiquement. Se trouvaient là, entre autres, le lieutenant Magendie, évadé de Djibouti par avion, le sergent Battaglini, le sergent Carbuccia, et le caporal-chef Farner, infirmier.
Le commandant Griveau ancien commandant civil du port de Djibouti était là aussi, de même que le capitaine de réserve Dieffenback, évadé de Madagascar, ainsi qu’une quinzaine d’autres compatriotes. Ensemble, nous devions former, quelque temps après, un peloton méhariste que les Anglais dénommèrent « Free French Camel Corps ». (Le « Corps de Méharistes Français Libres »).

Actif de septembre 1941 à février 1942, ce Peloton fut plus tard nommé Corps de méharistes français libres. Le capitaine Dieffenbach en fut nommé commandant adjoint de la force, avec d’autres militaires (cités par Emile Cayre) et environ 14 autres compatriotes. Ils étaient notamment stationnés dans des régions équivalentes à la Somalie d’aujourd’hui, l’Éthiopie et l’Érythrée, alors sous occupation.

Le 9 août 1941, Maurice Lecarpentier, radio au central du BTS 2, quitte le central de nuit et torse nu s’engage vers le PA 1 en bord de mer. Il se perd et passe à proximité de la 3e compagnie avant de ramper sous des barbelés pour passer entre le PA2 et le PA 3, contourner le fossé anti char pour ensuite longer le bord de mer qu’il suivit pieds nus en marchant dans l’eau pour éviter les patrouilles. Il rencontra un pêcheur et lui demanda la direction de Loyada. Sans soupçonner son évasion, le pêcheur lui indiqua les lumières des postes anglais et Français ce qui permit à Lecarpentier de s’orienter dans la direction du poste anglais. Plus tard il échappa aux recherches d’un houri mais prit du retard alors que la marée montait. Il jeta ses souliers, prit son portefeuille entre les dents et se mit à nager en direction du poste lorsqu’il avisa une barque et se mit à appeler à l’aide. Il vit la barque s’éloigner et se sentit perdu et fut pris de crampes intolérables. Puis il prit pied sur le sable et pendant près d’une heure alterna nage et marche à pied. Il se retrouva enfin à 400 m de Loyada, totalement épuisé. Mourant de soif, il entra dans le poste français, et à 10 m d’une sentinelle, se mit à la recherche d’un peu d’eau. N’en trouvant pas, il dut boire son urine et reprit le bord de mer. Il passa à quatre pattes un fossé antichars où il s’enfonça jusqu’aux cuisses. Puis il continua à marcher et but de l’eau de mer pour rassasier sa soif. Il marcha dans les épineux pour traverser la frontière et passa à deux mètres d’un poste estimé vichyste qui ne le virent pas. C’est à ce moment qu’il entendit un bruit de « bidons de lait » et qu’il se dirigea en sa direction. Apercevant des cocardes tricolores, il crut à un poste vichyste, mais il se rendit compte à sa stupéfaction qu’il s’agissait d’anglais. Leur accueil fut des plus chaleureux…


Raymond Frison-Roche


Armand Tisserand


Paul Wollenburger


Le 17 août 1941, le sergent Raymond Frison-Roche réussit à s’évader et à rallier les FFL de la bourgade côtière de Tadjoura, avec deux compagnons, Armand Tisserand et Paul Wollenburger. Ils s’ évadent à l’aide d’un petit houri (barque de fabrication locale servant aux pécheurs) et seront sauvés par un navire militaire britannique croisant au large. Tous les trois seront accusés par le Tribunal Militaire de Djibouti de « Désertion à l’étranger en temps de guerre et trahison ». Débarqués au Somaliland (Somalie Britannique), ils s’enrôlent dans les Forces Françaises Libres. Leurs condamnations pour Désertion et trahison feront l’objet d’une ordonnance de non-lieu décidée par le Tribunal Militaire Permanent de Lyon le 2 septembre 1944.


Source principale : “Le ralliement de la Côte françaises des Somalis à la France combattante“, par Sylvain Cornil-Frerrot (p. 6-7) ; décembre 2012 – Fondation de la France Libre.

Sources complémentaires “Résumé du journal de marche des Pelotons méharistes, Forces Françaises libres de l’Est africain“, période septembre-octobre 1941, non daté.


Parcours individuels d’Anciens cités (FAFL, DFL, Leclerc) et comptes-rendus d’évasion (CR en PDF)

1941 Pascal ALFONSI (QG Londres) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=50910 CR ALFONSI

1941 Louis AUFFRET (Sas paras) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=52489 (consulter CR Toudic)

1941 Georges BATTAGLINI (BM 4) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=53807 CR BATTAGLINI

1941 Alphonse BUTTAY (BM 21) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=58768 CR BUTTAY (consulter aussi CR Battaglini)

1941 Roland CARBUCCIA (Bimp) mort pour la France le 1er novembre 1942, enterré au Cimetière militaire d’El Alamein. https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=59405 CR CARBUCCIA

1941 Emile CAYRE (13 Dble) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=60008 CR CAYRE

1941 Georges CHATILLON (FAFL / parachutistes) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=60677 CR CHATILLON

1941 Louis CHAUVIERE (RTST) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=60741 CR CHAUVIERE

1941 François COCHINAIRE (BM 21)  https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=61503 CR COCHINAIRE (consulter aussi CR Toudic)

1941 Hubert CORCOS (Spahis)https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=62111 (consulter CR Battaglini)

1941 Edouard DIEFFENBACH (BM 21) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=65234

1941 André DUNAS (RA) (consulter CR Treboute)

1941 Barthélémy GARDONI (BM 21) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?&index=70102&1787158099 (consulter CR Manousso)

1941 André GRIVEAU (RFM) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=72224

1941 Karl KALBFLEISCH (RA) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=76092

1941 Jean LALOE (Bimp) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=77808

1941 Maurice LECARPENTIER (Bimp) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=80174 CR LECARPENTIER

1941 Noël LEMARIE (BM 4) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=80780 CR LEMARIE

1941 Jean MANOUSSO (BM 21) : https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=83195 CR MANOUSSO

1941 Henri REY (BM 21) Mort pour la Franceen Tunisie (consulter CR Toudic)

1941 Armand TISSERAND (BM2) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=98829 CR TISSERAND

1941 Eugène TOUDIC (BM 11) : https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=99053 CR TOUDIC

1941 Jean TREBOUTE (BM 21) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=99285 CR TREBOUTE

1941 Paul WOLLENBURGER (BM 21) https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=101648


Rédaction et mise en ligne par Florence Roumeguère et Jean-Marie Pefferkorn

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2 commentaires

Jean Marie Borderies 17 octobre 2026 - 11h26

Comment se fait il que vous ne parliez pas de Georges RAYNAL, commandant de la 4ème brigade de la 1ère DFL après avoir rallié avec 3000 hommes la France libre depuis la corne de l’Afrique ?
Voir mon livre “Un siècle de combats “

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Florence ROUMEGUERE 17 octobre 2026 - 11h57

Cet article concerne l’année 1941, il sera question de Georges Raynal dans le dernier volet 1942 consacré aux Evasions.

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