Trois compagnons de la Libération sont tombés à Grussenheim en janvier 1945. Retour sur trois parcours d’exception.

par Jean Marie PEFFERKORN
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Article paru dans les “Dernières Nouvelles d’Alsace”
(23 janv. 2022)

Hubert Germain était le dernier des 1038 compagnons de la Libération. Parmi eux, trois sont morts pour la France à Grussenheim le 28 janvier 1945.

Jean Eon :

(1915-1945)
(Photo Ordre de le Libération)

Tombe de Jean Eon au cimetière de Grussenheim
(Photo DNA)


• Chevalier de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 17 novembre 1945
• Croix de Guerre 39/45 (2 citations)
• Médaille de la Résistance français


Louis Michard :

(1914 – 1945)
(Photo Ordre de la Libération)



Biographie (Ordre de la Libération)

Louis Michard est né le 22 février 1914 à Chamblet dans l’Allier où ses parents sont cultivateurs.
Son père, ancien combattant de la Grande Guerre, meurt alors qu’il a 13 ans.
Après le certificat d’études, il entre en 1930 au petit séminaire du Réray près de Moulins. Il effectue son service militaire au 152e Régiment d’infanterie en 1934 et, à sa libération un an plus tard, entre comme séminariste aux Missions étrangères à Bièvres (Essonne) puis au grand séminaire de la rue du Bac à Paris.
Mais bientôt la guerre le rattrape et il est mobilisé comme caporal de réserve le 29 août 1939 au 121e Régiment d’Infanterie de la 25e Division motorisée. Il stationne ensuite en Lorraine puis dans le Nord. Le 20 mai 1940, Louis Michard est grièvement blessé à la jambe par des éclats d’obus, à la frontière franco-belge.
Le lendemain matin, monté sur un vélo, aidé d’un camarade, il rejoint le poste de secours régimentaire d’où il est envoyé à Lille. Il parvient à Zuydcoote, au nord de Dunkerque le 28 mai. Evacué sur l’Angleterre, il se retrouve à Douvres le 1er juin.
C’est à l’hôpital qu’il prend connaissance de l’Appel du 18 juin. Refusant la défaite, il décide rapidement de rester en Angleterre et de rallier le général de Gaulle. Sa blessure guérit difficilement mais, le 20 septembre, il signe son engagement dans les Forces françaises libres. Après une dizaine de jours de convalescence, il part, au début du mois d’octobre 1940, pour Camberley. Caporal-chef, il suit le peloton d’EOR et en sort troisième avec le grade d’aspirant avant d’être affecté à la 2e Compagnie autonome de chars de combat en l’AEF en 1941 sous les ordres du capitaine Ratard.
Louis Michard se trouve successivement à Pointe-Noire, Brazzaville, Fort-Lamy, Kano et Alexandrie. Le 1er juillet 1943 en Tripolitaine, à Sabrata, son unité devient la 2e Compagnie du 501e Régiment de chars de combat (501e RCC) au sein de la 2e DB du général Leclerc.
En mars 1944, Louis Michard est promu au grade de lieutenant. Il débarque le 2 août 1944 à Utah Beach en Normandie. A bord de son char “Montmirail”, il commande la 1ère section de la 2e Compagnie et s’illustre le 12 août lors des combats de la Forêt d’Ecouves, près d’Alençon où il est blessé.
Le 24 août au soir, accompagnant le détachement du capitaine Dronne, il est l’un des premiers à entrer dans Paris à la tête de sa section composée des chars “Montmirail”, “Romilly” et “Champaubert”. Sur la route qui le conduit à la capitale, au Petit Massy, le lieutenant Michard fait ouvrir le feu sur une batterie de la Flack enterrée et parvient à détruire cinq canons de 20 mm.
Il prend part ensuite aux campagnes de libération des Vosges et de l’Alsace. Le 2 octobre 1944, chargé d’une contre-attaque sur le village d’Anglemont, avec mission de tenir coûte que coûte, il fonce avec le plus grand mépris du danger, menant le combat de façon admirable, et détruit à lui seul deux chars Panther.
Louis Michard participe ensuite à la libération de Strasbourg le 23 novembre 1944.
En janvier 1945, le 501e RCC est mis à la disposition de la 1ère Armée française du général de Lattre de Tassigny en vue de la réduction de la Poche de Colmar. Dès le 26 janvier, les attaques sont lancées.
Le 28 janvier 1945, au cours de la prise de Grussenheim, Louis Michard s’écroule dans la tourelle de son char, mortellement blessé. Il est d’abord inhumé à Saint-Dié dans les Vosges puis à Doyet dans l’Allier.

La tombe de Louis Michard à Doyet
(Photo journal La Montagne)

• Chevalier de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 24 mars 1945
• Croix de Guerre 1939/45 (6 citations)
• Médaille des Blessés
• Médaille des Services Volontaires dans la France Libre

La libération de Grussenheim raconté par Gaston Eve. (Forces Françaises Libres)

L’équipage de MONTMIRAIL:
Lieutenant Louis Michard, Commandant de char (et Section);
Sgt Étienne FIorkowski, Tireur;
André Mengual, Radio et Chargeur; (remplacé Paul Lhopital, blessé 24 août à Paris)
Sgt Gaston Eve, Pilote;
Marc Casanova, Aide-Pilote.

(1895 – 1945)
(Photo Ordre de la Libération)

Biographie (Ordre de la Libération)

D’origine alsacienne, Joseph Putz est né le 24 avril 1895 à Bruxelles en Belgique.
Mobilisé comme simple soldat en décembre 1914 au 168e Régiment d’Infanterie, il est d’abord affecté comme fantassin dans des groupes d’assaut.
En 1916, il passe aspirant puis sous-lieutenant en octobre 1917. Gazé en mars 1918 dans le secteur de Vacqueville en Alsace, il ne peut rester dans l’Infanterie et termine la guerre dans les chars, au 506e Régiment de chars de combat (506e RCC) avec quatre citations et la Légion d’Honneur.
Très éprouvé par son intoxication, le lieutenant Putz ne peut rester dans l’Armée et, démobilisé, part pour l’Algérie avant de rentrer en France où ses affaires l’appellent. Il entame ensuite une carrière dans l’administration comme secrétaire de Mairie à Stains tout en exerçant des fonctions syndicales au sein de la CGTU.
En 1936, il s’engage dans les Brigades internationales qui combattent auprès des Républicains espagnols. Il assure depuis Paris l’accompagnement en Espagne et le commandement du 13e Bataillon Henri Barbusse de la 14e Brigade. Promu lieutenant-colonel en janvier 1937, il exerce alors jusqu’en avril 1937 le commandement de la la 14e brigade (La Marseillaise) avant de commander ensuite la 1ère Division lors de la défense de Bilbao en juin 1937.
Six mois avant la fin de la Guerre d’Espagne, sachant que la partie est perdue pour les Républicains, il rentre en France après avoir été blessé deux fois par balle et participé à neuf campagne et batailles.
Joseph Putz reprend du service dans l’administration en Algérie comme secrétaire général de mairie à Beni Saf.
La déclaration de guerre de 1939 le surprend en Afrique du Nord ; mobilisé sur place au 6e RTA à Tlemcen comme capitaine de réserve, il est muté au 7e RTM à Meknès en février 1940 puis au 8e RTM en juin 1940. La débâcle arrive avant qu’il ait pu prendre part à la bataille et est démobilisé en juillet 1940.
Resté en Afrique du Nord, il se livre à différents travaux et commande dans les chemins de fer Méditerranée-Niger, à Bou Arfa, un groupement de travailleurs formé en majorité d’Espagnols et d’anciens légionnaires. En raison de son passé auprès des Républicains espagnols, il est contraint de démissionner par les autorités de Vichy et part pour le sud du Maroc pour éviter l’arrestation.
En décembre 1942, après le débarquement allié, le capitaine Putz lève une compagnie (la 2e du 11e du Corps franc d’Afrique) dans la région de Fez au Maroc ; cette compagnie qui devient le 3e Bataillon du Corps franc est composée majoritairement de Républicains espagnols, d’ex-internés gaullistes et d’anciens légionnaires antifascistes.
Joseph Putz équipe et arme son unité avant de foncer, fin janvier 1943, en Tunisie où il prend une part active aux opérations. En mars 1943, au Djebel Driss, il maintient fermement les positions dont il avait la défense malgré les violentes attaques ennemies. Pendant l’offensive sur Bizerte, du 23 avril au 8 mai 1943, il contribue pour une grande part au succès de l’opération. Peu après, il est promu chef de bataillon.
En Algérie, le bataillon Putz choisit de se rallier aux forces gaullistes. Le commandant Putz est nommé au commandement du 3e Bataillon du Régiment de marche du Tchad (RMT) mis sur pied, au sein de la 2e DB du général Leclerc, avec des troupes FFL et de l’armée d’Afrique.
Après quelques mois passés en Angleterre, il débarque en août 1944 en Normandie à la tête de son unité et s’illustre dans les combats de la Forêt d’Ecouves, le 11 et 12 août, anéantissant deux bataillons allemands.
Après la libération de Paris, il se distingue lors de la campagne des Vosges. Ainsi, à Anglemont, le 1er et 2 octobre 1944, il reçoit et repousse une très forte contre-attaque ennemie et, en trois jours, fait 400 prisonniers et met hors de combat 200 Allemands.
Nommé lieutenant-colonel en novembre 1944, il prend part à la Libération de Strasbourg et à la campagne d’Alsace à la tête d’un sous-groupement.
C’est dans la poche d’Alsace, entre l’Ill et le Rhin, que le lieutenant-colonel Putz en même temps que quatre officiers, est tué par l’éclatement d’un obus au moment où il préparait l’offensive sur Grussenheim le 28 janvier 1945.
Il été inhumé à Grussenheim (Haut-Rhin).

la tombe de Joseph Putz au cimetière de Grussenheim
(Photo DNA)

• Officier de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 24 mars 1945
• Croix de Guerre 14/18 (4 citations)
• Croix de Guerre 39/45 (4 citations)
• Médaille de la Résistance française avec rosette

Textes et photos : Ordre de la Libération

Mise en ligne: Jean-Marie Pefferkorn

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