Maurice Kamoun (Train de la D.F.L.) : … “J’ai été appelé dans une armée commandée par des officiers de Vichy et seulement considéré comme juif. Je suis venu servir comme Français sous les ordres du général de Gaulle“…

par Jean Marie PEFFERKORN
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Maurice Kamoun est juif, né en Algérie le 24 octobre 1923. il habite Alger et il a 17 ans en juin 1940. La famille Kamoun et son entourage de bons patriotes sont effondrés devant l’armistice. Peu après, les autorités de Vichy, tant par conviction que pour mieux plaire à l’Allemand, retirent leur nationalité française aux israélites d’Algérie, qui ne seront plus désormais que des « juifs indigènes », comme l’indique leur nouvelle carte d’identité. Maurice Kamoun, soixante ans après, la possède toujours.
Cette indignité, ce rejet, sont ressentis comme une injure aussi injuste qu’insupportable pour des familles qui comptaient de vaillants combattants de 1914-1918 parmi les siens et dont certains étaient encore sous les armes il y a peu.
Maurice veut faire quelque chose, aussi se présente-t-il un beau matin au consulat des États-Unis pour tenter de gagner le Portugal :
– Pourquoi le Portugal ? demande la secrétaire un peu surprise.
– C’est, je pense, le meilleur moyen de gagner Londres. Elle regarde avec sympathie ce grand adolescent de 18 ans qui en paraît 15 et lui dit avec beaucoup de sérieux :
– Restez ici plutôt, on aura bientôt besoin de vous….Pressentait-elle la suite ?

Le 8 novembre 1942, le canon tonne vers Fort-l’Empereur, puis les mitrailleuses de l’amirauté entrent dans la danse : les Kamoun habitent en bord de mer et peuvent tout observer. Bientôt, un char américain entouré de fantassins passe lentement devant leur maison en ébranlant les vitres. Alger est libre.

( Le Bordj Sultan-Kalassi, ou Fort l’empereur, fut bâti en 1545 sur un rocher à pic par
Hassan Ben Kheir-Eddine, au sommet du Koudiat-es-Saboun)
(Photo :wikipedia.org)

Maurice ne tarde pas à rejoindre les rangs du 9e Zouave en février 1943. L’ambiance pétainiste ne semble guère avoir changé
au sein de l’unité de tradition d’Alger. Il est dirigé sur le dépôt de Chéraga où sont regroupés tous les juifs récemment incorporés. Mal nourris, inactifs, ils trouvent le temps long sous les ordres d’officiers qui n’ont rien compris et restent fidèles à l’État Français.

Crédit photo : les-tirailleurs.fr


M. Kamoun obtient alors d’être affecté au 27e train, en formation à Medjez-el-Bab (1942-1943 : Durant la Campagne de Tunisie contre les troupes de Rommel. Les “tringlots” (soldats du Train) du 27e ont assuré le ravitaillement dans des secteurs clés comme Medjez-el-Bab, souvent au prix de lourdes pertes).

Il y retrouve la même ambiance déprimante et les mêmes officiers arrogants. Son chef direct, le sergent Bouchara, se montre plus humain, s’intéresse à son cas et ne tarde pas à lui faire part d’une opportunité de rejoindre les FFL. À l’entendre, un départ clandestin est en cours de préparation. Les « déserteurs », tous juifs, quitteront la caserne sous le couvert d’un faux ordre de corvée. Ils seront conduits en ville pour dire adieu à leur famille et doivent se trouver à 19 heures au lieu du rendez-vous. Un camion s’y arrêtera brièvement pour les charger.

la colonne Voirol

19 heures à la colonne Voirol : il n’y a personne. Une heure plus tard : toujours rien. Deux heures plus tard un vieux camion bâché, tout jaune, s’arrête : un coup de sifflet, dix hommes, jusqu’ici invisibles, sautent à bord en silence. Le véhicule s’éloigne et roule, roule, traversant les villages endormis. À 2 heures, arrêt dans un garage et changement de décor : tenues anglaises et fausses permissions pour tous. Au képi du lieutenant que l’on aperçoit enfin, brillent les galons, alors que le chauffeur arbore un calot bleu à liseré rouge. À 13 heures, en plein « cagnard », arrêt indispensable et recherche de vivres dans un douar voisin (Village du Maghreb).

Le voyage est éprouvant, entassés dans la benne du Bedford, qui n’est pas conçu pour le tourisme, les passagers atteignent Kairouan : belle performance en moins de trente-six heures !
Engagés le 1er juin, Kamoun et ses compagnons sont affectés à la 102e Compagnie du Train. Interrogé, il répond :
– “J’ai été appelé dans une armée commandée par des officiers de Vichy et seulement considéré comme juif. Je suis venu servir comme Français sous les ordres du général de Gaulle“.

L’emblème compagnie du train / auto
(En savoir plus)

Les débuts de Maurice Kamoun à la 1re DFL seront difficiles. D’autant plus qu’il aura le plaisir de visiter les sites charmants de Zouara et de Tripoli, leur climat, leurs distractions et… leurs mouches.
Il participera plus tard au débarquement de Provence après la campagne d’Italie et aura la satisfaction de passer le Rhin à Spire au volant de son 4 x 4.

Plus d’un demi-siècle plus tard, cependant, certaines cicatrices morales n’ont pas disparu.

De nuit, pont sur le Rhin à Spire.
(imagesdefense.gouv.fr)

De tous les Horizons… la Liberté, texte de André Casalis.
témoignages recueillis par P. Brothers et par la section polynésienne des anciens marins FNFL auprès de : lieutenant de vaisseau Fourlinnie (ancien commandant du Chevreuil), Gaston Dubois, Jean Grand, Willy Robson, Guy Brault, Pierre Hamblin, Robert Luta, Maxime Aubry, René Auque, Peter Brothers et Louis Le Cail. Souvenirs de M. kamoun.
Extrait de la Revue de la France Libre, n° 310, 4e trimestre 2000..”

Mis en ligne par Jean-Marie Pefferkorn

Sources : francaislibres.net
imagesdefense.gouv.fr

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