
Photo extraite de «Georges-Henri Pointet, 1908-1944: vie, textes, documents». Neuchâtel, J. Liniger, 1967. — © MS/103/815 : Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds, Archives privées, Fonds manuscrits.
Né à Neuchâtel le 17 avril 1908, Georges–Henri Pointet étudia à l’Université. Président de la Fédération des étudiants (FEN), journaliste occasionnel, il se fit remarquer par ses qualités intellectuelles : « Il y avait là Denis de Rougemont, Roland de Pury, Eric de Montmollin, garçons de talent, certes, auxquels leur milieu avait donné une maturité et une élégance remarquables. Pointet, fils du peuple, les rejoignait d’un coup d’aile et les dépassait bientôt. Il les battait non seulement dans la discussion, mais sur leur propre terrain, celui de l’expression littéraire ». Touché par la crise de 1929, le canton de Neuchâtel ne resta pas fermé aux idées de l’époque (la révolution russe, le socialisme ou le fascisme). A l’extrême-droite, le Français Charles Maurras trouva des disciples (l’historien Eddy Bauer, le journaliste René Braichet et l’éditeur Marc Wolfrath), rédacteurs de la revue «L’Ordre national neuchâtelois».
Quelques mois après sa promotion au grade de lieutenant, Pointet appuya la candidature du socialiste Paul Graber au Conseil d’Etat (novembre 1933). Réaction des bien-pensants: des officiers membres de la Société de Belles-Lettres menacèrent Pointet de lui «casser la tête» à la sortie d’un meeting du PSN. En décembre 1933, Pointet fut sommé par les autorités militaires de signer une déclaration où il se serait engagé à faire tirer sur Paul Graber ou ses électeurs. Son refus lui valut d’être « mis à disposition» (privé de commandement) par le chef d’armes de l’infanterie, Ulrich Wille Jr, pro-nazi notoire.
Victime, au surplus, d’une interdiction professionnelle, Pointet trouva un poste d’enseignant… au Caire! Il milita en Egypte et, durant ses vacances, dans le canton de Neuchâtel. Il animait au sein du Parti socialiste – avec André Corswant (1910-1964) – une aile gauche prônant l’unité d’action socialiste-communiste, et fonda le Front antifasciste. Si, dans « La Sentinelle », Pointet dénonçait le fascisme dans l’armée suisse, Corswant présentait l’Union Soviétique comme modèle du socialisme…
Fin août 1939, la Jeunesse socialiste chaux-de-fonnière approuva le Pacte germano-soviétique, après une conférence de Pointet. Cette position discutable permit au PSN d’expulser (à un moindre coût politique que dans le cas du socialiste genevois Léon Nicole) la Jeunesse socialiste, « centre nicoliste et communisant».
Mobilisé en septembre 1939, sans commandement, Pointet regagna l’Egypte. En 1942, il s’enrôla dans les Forces françaises libres.
… Ni « homme d’acier» , ni «héros infaillible», Pointet ne méritait pas l’oubli, dans lequel l’histoire officielle (ses antagonistes des années 1930 y ont fait carrière…) l’avait laissé sombrer. Il est temps de l’en ressortir… “
Article de Hans-Peter RENK (solidarités.ch)

Extrait de Willy Schüpbach, Vie et oeuvre de E.-Paul GRABER : « Le déclenchement de la deuxième guerre mondiale précipite une nouvelle fois le destin de G.-H. Pointet. Il n’avait cessé, dès 1932, d’annoncer par la parole et par la plume la catastrophe vers laquelle le fascisme international allait entraîner le monde entier.
L’avance de l’Afrika Korps de Rommel pose bientôt devant sa conscience le problème de l’engagement de sa personne. En juillet 1942, alors que les troupes allemandes sont à 70 km d’Alexandrie, il est agréé dans les troupes de la 1ère division française libre qui s’organise en Syrie.
Il reçoit le baptême du feu à Bir Hacheim en novembre de la même année. Il combat ensuite en Tunisie puis, après un temps de repos, il débarque en Italie en avril 1944 et participe aux âpres combats du Monte Cassino. Il débarque ensuite en France, dans la baie de Cavalaire.
Il est tué peu après et repose depuis plus d’un mois au cimetière d’Hyères en Provence, lorsque sa mort est annoncée par l’article de son ami Jean Liniger dans La Sentinelle du 29 septembre 1944.
Dans un article intitulé “À la mémoire d’un héros de la lutte contre le fascisme”, La Sentinelle du 20 décembre 1967, André Tissot écrit, entre autres, «…à la lumière de l’histoire, cette affaire revêt une signification exemplaire ; elle est notre affaire Dreyfus neuchâteloise et suisse, le lieutenant Pointet notre Péguy.
Cette vie en impose par la rectitude et le courage, elle nous apprend qu’un petit pays peut produire de grandes âmes. En ce temps de réalisme politique, d’abondance soporifique, de fausse satiété et de “drôle de paix”, il est bon de remettre en lumière de tels exemples et de si poignants sacrifices. »

Filmographie : « Un Suisse à part : Georges–Henri Pointet» (2000) et «Des Suisses à l’aventure», sur les engagés suisses dans les Forces françaises libres (2003) – deux films de Daniel Künzi, d’après un scénario de l’écrivain Gilles Perrault.
“Un Suisse à part” présente des lectures de textes de Georges-Henri Pointet et revient sur les circonstances de sa mort en Provence : interventions de Georges TOUYA qui combattit sous ses ordres et du colonel Claude ROBEDAT, sur des images d’archives.
Mis en ligne par Florence Roumeguère
Aux sources de cet article : parcours de Georges-Henri Pointet sur le site Françaislibres.net selon les recherches de Laurent Laloup
