Une Française Libre : Éliane Anita-Élisabeth Brault (1895 /1982)

par Jean Marie PEFFERKORN
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(Photo “Les Français Libres)



Biographie paru dans le dictionnaire biographique “Le Maitron

Née le 18 septembre 1895 à Paris, Éliane Anita-Élisabeth Brault naquit dans une famille de la bourgeoisie parisienne.
Son père, Elie-Simon Alexandre Brault (1868-1898), avocat à la Cour d’appel de Paris mais surtout médecin, qu’elle n’eut guère le temps de connaître, était le fils de Elie-Bernard Brault (1831-1914), avocat à la Cour d’appel de Paris en même temps qu’architecte, directeur de théâtre et auteur dramatique, et de Marie-Antoinette Weniger du Bois (1829-1893), fille naturelle d’Alexandre-Nicolas du Bois (1785-1866), un polytechnicien apparenté à Émile de Girardin qui avait connu son heure de gloire sous Louis-Philippe en qualité d’« architecte du gouvernement ».
Sa mère, Isabelle Moses (1867-1942), née à Lima de Simon et Hannah Moses, venait pour sa part de la bourgeoisie juive péruvienne, et se convertit au catholicisme pour épouser Élie Brault.
Éliane Brault eut deux frères, dont l’aîné fut entre les deux guerres le fondateur et président des entreprises de construction automobile Lombard.
Elle épousa durant la guerre un ami d’enfance encore étudiant, Jean Sabourdin, dont elle eut un fils, Roger, le 21 octobre 1917.
Elle vécut la mort de ce premier mari, tué « au front » en 1918, comme un véritable traumatisme, qui compta beaucoup dans sa rupture radicale avec la religion catholique, qu’elle avait pratiquée jusque-là assidûment.
Elle se remaria le 15 mai 1923 avec l’avocat et futur bâtonnier Louis Gallié, et donna naissance le 12 juin 1925 à un second fils, Alexandre.
En 1933 cependant, elle demanda et obtint le divorce. Dès lors, elle assura seule l’éducation de ses deux fils, tout en continuant de s’occuper d’un premier fils du bâtonnier Gallié, ce qui éclaire son intérêt constant pour les questions de l’enfance.
Sous l’aspect d’une bourgeoise élégante, spirituelle et souriante, c’était une femme d’esprit libre, d’un caractère volontaire, dépourvue d’inhibitions, ayant le goût de l’action et qui, par tempérament comme par conviction féministe, refusait le confinement des femmes dans les tâches subalternes et eut toujours le souci d’exercer des responsabilités sur les différents terrains où elle s’engageait.
Elle put d’autant mieux s’affirmer qu’elle disposait d’une certaine aisance de plume et de parole, d’un entregent efficace, et d’une formation générale solide, qu’elle poussa jusqu’au brevet supérieur, et compléta ensuite au gré des circonstances, notamment par un diplôme d’infirmière et par des études administratives.

Éliane Brault adhéra au Parti radical en 1925, pour traduire en actes sa foi en la laïcité, l’action sociale et la paix. Son engagement fit d’elle l’une des cinq femmes membres du Bureau national du Parti radical durant les années 1930.

(Photo Agence Gallica)


En 1939, lorsque la France entra en guerre, elle fut mobilisée comme secrétaire générale du Service d’Aide immédiate aux familles de mobilisés, avec la responsabilité de l’assistance aux épouses et aux enfants des mobilisés. En mai et juin 1940, elle se distingua en organisant dans des conditions particulièrement difficiles l’évacuation de milliers d’enfants dans la région de Berck.
Au demeurant, elle était déjà entrée dans la Résistance. Dès l’été 1940, elle eut des contacts avec des amis de Londres, et se lia au réseau « Huet-Vildé « Après avoir aidé son propre fils à s’évader, elle prit part à l’organisation d’un réseau d’évasion de prisonniers de guerre, sous couvert de ses activités sociales. Après la défaite de 1940 et les lois du régime de Vichy, qui excluent juifs et francs-maçons de l’administration publique, Éliane Brault fait l’objet d’une dénonciation dans le journal d’extrême droite “Je suis partout“. Anti-fasciste, franc-maçonne et fille d’un père de confession juive, elle est relevée de ses fonctions le 1er octobre 1940. Ayant déjà pris des contacts avec la résistance, elle est arrêtée en janvier 1941 et incarcérée à Marseille en février de la même année. Le 30 mars 1941, elle réussit elle-même à s’évader, et rejoignit Londres en juillet, avec son deuxième fils, au terme d’un périple qui la fit passer par l’Afrique du Nord et Gibraltar. Elle entra aussitôt dans les Forces françaises combattantes. Elle eut une entrevue avec le général de Gaulle, dont elle avait suivi en France les appels à la radio. Bien qu’elle n’eût pas « le fétichisme d’un homme », elle fut impressionnée. Elle le vit comme un chef d’une « haute valeur », comme l’« âme de la France » et crut en lui « comme en la victoire »… Ses souvenirs montrent combien il était important pour elle de jouer un rôle utile, mais qui fût aussi à la mesure de ses compétences et qui lui conférât une autorité. Ayant constaté que les problèmes sociaux ne faisaient l’objet d’aucune prise en charge au sein des Forces françaises libres, elle soumit à la France libre un projet visant l’organisation d’un service d’infirmières et d’assistantes sociales. Elle fut convaincante. Le 8 août 1941, un service d’assistance sociale fut créé, dont l’activité devait s’exercer en Grande Bretagne, dans les territoires alliés et dans les zones d’opérations militaires où l’assistance aux populations serait possible. Elle en reçut la direction, avec le titre de « Chef du Service social et des Assistantes sociales », et le grade de capitaine. Elle organisa en cette qualité le regroupement et l’instruction en Angleterre d’une cinquantaine d’infirmières et assistantes sociales.
Un trait notable de son engagement fut qu’elle voulut constamment accompagner les combattants, au lieu de rester dans des emplois de bureau. En mars 1942, sur ordre de René Pleven, elle conduisit un détachement de ses recrues dans les territoires libérés, d’abord à Brazzaville, où elle en confia une partie aux Forces françaises libres (FFL) d’Afrique équatoriale française et, ensuite, à Beyrouth, où elle remit en juin 1942 l’autre partie de ses recrues aux services du général Catroux, auprès de la 1ère division française libre (DFL). Une fois sa mission remplie, elle resta quelque temps en Égypte, où elle chercha à créer une unité d’assistance sociale pour le Proche Orient. Faute d’y parvenir, elle partit en novembre 1942 comme infirmière pour l’URSS, où elle rallia la première équipe des aviateurs de l’escadrille « Normandie », germe de la future escadrille « Normandie-Niemen ». La relation qu’elle en livra, dans U.R.S.S., terre inconnue…, montre que l’épisode renforça sensiblement son philosoviétisme. Elle revint au Caire en octobre 1943, puis rejoignit Alger en avril 1944, où elle fut réintégrée comme chef de bureau au ministère de la Santé publique.

Éliane Anita-Élisabeth
(U.R.S.S., terre inconnue…)


Après avoir mené une mission exploratoire en Italie, où progressait le corps expéditionnaire français, elle reçut l’autorisation de créer une nouvelle unité, dite « Liaison-Secours », composée de volontaires de professions médicales et paramédicales, qui fut placée sous sa direction et intégrée au sein des Auxiliaires Féminines de l’Armée de Terre (AFAT), avec la mission d’apporter assistance et premiers soins aux populations civiles « libérées » et d’en assurer l’évacuation au cours de la reconquête du territoire. En tant que chef de ce service, et « officier de liaison administrative », toujours avec le rang de capitaine, elle recruta et instruisit elle-même plus de deux cents infirmières et assistantes sociales. À la tête d’une centaine de volontaires, elle accompagna la 1 ère armée française du général de Lattre de Tassigny, de son débarquement en Provence, en août 1944, jusqu’en Autriche, en mai 1945. Elle se distingua lors du bombardement par les Allemands de la ville alsacienne de Thann, du 25 au 28 décembre 1944, en organisant elle-même, dans des conditions périlleuses, le ravitaillement et l’évacuation d’une partie de la population civile. En Allemagne, elle assura les premiers contacts avec les prisonniers et déportés rencontrés par l’armée, et leur répartition entre les organismes compétents. Une fois l’armistice conclu, elle resta de juin à novembre 1945 aux Armées, en Forêt noire où, après s’être fait donner une mission en ce sens, elle mit en place un réseau de colonies de vacances qui permit à des dizaines de milliers de petits Français de trouver un séjour à partir de juillet 1945.

Son engagement durant cette période lui valut de recevoir la Médaille des évadés, trois citations, ainsi que la Croix de guerre, et d’être promue en 1947 dans l’Ordre de la Légion d’honneur, au titre militaire, du grade de chevalier, acquis en novembre 1936, à celui d’officier.”

Médaille des évadés

Croix de guerre

Officier de la légion d’honneur


Elle mourut à Paris le 25 août 1982, à son domicile de la rue Turgot, et fut incinérée au cimetière du Père-Lachaise, conformément à ses vœux.

Notice Françaislibres.net


Mise en ligne: Jean-Marie Pefferkorn

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