Texte rédigé par J.-P. Laporte à partir d’éléments fournis par Mme Marie-Anne Merland, fille de François Reyniers.
François Reyniers est né le 13 décembre 1902 à Auxerre, d’un père Conservateur des Eaux et forêts.
En 1921-1923, il fait Saint-Cyr. Parallèlement, il suit des études supérieures, sanctionnées par un DES d’histoire et de géographie . Sa curiosité est toujours en éveil, et chacun de ses postes et missions fera naître chez lui un nouveau centre d’intérêt scientifique. En 1924, il effectue un stage d’observation en avion ce qui éveille son intérêt pour l’utilisation scientifique de ce moyen de transport. Puis, il est envoyé au Maroc, et parcourt le bled marocain de 1926 à 1930. Il participe aux opérations de Taza et du Tafilalt, mais à côté de son travail militaire, s’intéresse au monde et à la langue berbères. En 1928, il compose même un poème au parfum oriental . En 1930, il publie une étude sociologique sur les Aït Sokhman, Taougrat et son histoire, puis un essai sur la politique de Moulay Ismaïl dans l’Atlas (1931). En 1930-1931, il revient en France, au Service historique de l’armée.
A son retour en France, il est affecté au Service historique de l’Armée, puis en 1932, au 23e Régiment de Tirailleurs Algériens à Morhange (Moselle).

Insigne régimentaire du 23e régiment de tirailleurs algériens
De 1940 à 1943
Le 19 juin 1940, il rallie l’Angleterre à bord d’un voilier parti de la côte bretonne, se présente au Général de Gaulle, et est incorporé dans les FFL. Il entre dans la 13e demi-brigade de la Légion,
En 1941, il passe à Dakar et Douala, et en ramènera une étude sur l’anthroponymie du Cameroun (parue en 1944). Il participe ensuite aux Campagnes d’Erythrée et de Syrie, et est incorporé aux Services spéciaux de Syrie. Même si la politique française et gaulliste était contrecarrée par les Anglais, il s’entend très bien avec son équivalent anglais en Syrie, Bryan Guiness, dont il publiera la traduction d’un conte pour enfants, ce qui montre qu’il n’oublie pas ses cinq enfants, laissés encore très jeunes en France.

Photo prise en 1942 en Syrie pendant une inspection de de Gaulle
(Photo Marie-Anne Merland)
En 1942, il est nommé lieutenant colonel, et envoyé en 1943 à Alger. Il cherche à rejoindre une unité combattante des FFL, mais les postes d’officiers sont pourvus.
C’est alors qu’il accepte en février 1944 un poste d’attaché militaire au Pérou, où il restera un an. Dès son arrivée, il entreprend l’étude du Runasimi, langue Quechua, dont il se propose de composer un florilège. Plus jamais il ne cessera de s’intéresser aux études américanistes : les Incas et leur poésie, la céramique ou l’argenterie d’Amérique latine. Après une éminente traduction de Douze poèmes incaïques, dédiée au Général de Gaulle, plusieurs études marquent son attachement aux vestiges précolombiens ; citons notamment Calebasses péruviennes (1956), Céramiques chiriquis (1964-1968).
Fouilles archéologiques
Du 3 mars au 31 août 1947, il continue les fouilles, commencées avant lui, du mausolée de Hammam-ez-Zouakra. De mars à septembre 1947, sur instruction du Général Duval, il mène des fouilles à Oudna, l’ancienne Uthina, sur un terrain militaire occupé par un dépôt de munitions : des thermes et de nombreuses statues de l’époque d’Auguste sont mises à jour . Il fouille à Utique du 18 juin 1948 au 13 octobre 1951, notamment les grands thermes .
A partir de 1949, François Reyniers élargit ses horizons scientifiques et littéraires. Il s’est expliqué lui-même sur son éclectisme : “N’étant technicien ni de la linguistique, ni de l’ethnographie, ni de l’histoire, ni même du folklore, j’espère que mon travail , si imparfait qu’il puisse être, permettra à des savants plus avertis que moi de compléter les études que chacun d’entre eux a pu faire sous sa discipline particulière (…) Rien de ce qui est humain ne m’est indifférent, car, comme chacun sait l’homme est fait à l’image de Dieu !”
En 1951, il est nommé à Alger chef de la section historique de la Xe région militaire. Peu de temps après, en 1953, il est muté à la Subdivision d’Angoulême. Il reprend des études militaires, et en 1955, est auditeur à l’Institut des Hautes études de la Défense nationale.
Il termine sa carrière en 1959, adjoint au Général commandant du Groupe de Subdivisions de Besançon, et est élevé la même année au rang de commandeur de la Légion d’Honneur.
Des archives familiales d’une valeur exceptionnelle lui permettent de fournir d’importantes communications relatives à la conquête de l’Algérie (Bugeaud, les Saint-Simoniens), à Napoléon III (l’érudit, l’artilleur), à Stendahl (le tacticien militaire), à Michelet (éducation d’un peuple), sans négliger ses études sur l’archéologie du Maghreb (Carthage, Constantine, le Sud Tunisien), favorisant un retour à l’histoire militaire romaine. L’épigraphie n’est pas absente de ses préoccupations, et en 1963, il publie diverses inscriptions d’Algérie, d’après les papiers de Cardailhac, chirurgien en Algérie entre 1836 et 1840 et de 1853 à 1859 .
Il meurt à Paris le 6 février 1976.

Épitaphe de la tombe de François Louis Marie Reyniers et de son épouse au cimetière de Fontainebleau
(Photo cimetière de Fontainebleau – Internet)
Bibliographie
Son impressionnante bibliographie concerne les domaines suivants :
I) GÉOGRAPHIE ET TOPONYMIE DU MAGHREB ANTIQUE
II) GÉOGRAPHIE ET TOPONYMIE de l’Europe et de l’Asie mineure
III) ETHNOGRAPHIE DU MAGHREB
IV) ART MILITAIRE ANTIQUE
V) HISTOIRE CONTEMPORAINE. PUBLICATIONS D’ARCHIVES
V) AFRIQUE NOIRE
VI) AMÉRIQUE LATINE
VII) DIVERS
Les différents chapitres concernant ses recherches, sa bibliographie ainsi que le parcours de sa vie militaire sont détaillés sur sa page des Français libres francaislibres.net , fournis par Mme Marie-Anne Merland, sa fille.
Mis en ligne par Jean-Marie Pefferkorn
Sources de l’article : françaislibres.net
