La Sortie de Bir Hakeim du Medecin-chef Marcel Palhawan (Santé-1er Ra)

par Jean Marie PEFFERKORN
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Marcel Palhawan

(Photo coll.familiale)

Biographie

Marcel Palhawan est né le 14 février 1909 à Mossoul. Fils de Jean Pahlawan, né à Bagdad, Perse ottoman (un de ses ancêtres d’origine française, Jean Raymond, a été consul de France à Bassorah puis à Bagdad de 1812 à 1815). Sa mère est française, Jeanne Villecroze, née à Alep, où son père est un riche négociant. Ils auront quatre enfants, dont Marcel, leur fils cadet.

Il passe son enfance et le début de son adolescence à Mossoul (Irak) alors sous domination ottomane (sous mandat Britannique après la Première Guerre mondiale). Il grandit au sein de la communauté chrétienne locale.
Comme beaucoup de jeunes orientaux issus de la bourgeoisie ou de minorités de l’époque, il est scolarisé dans les institutions religieuses françaises au Levant (vraisemblablement chez les Dominicains, très actifs à Mossoul)
À la fin de son adolescence, au milieu des années 1920, il s’oriente vers des études supérieures. N’ayant pas encore la nationalité française (il est citoyen aliraia naturalisé français en 1944), il s’installer au Liban ou en Syrie — alors sous mandat français — pour suivre son cursus à la prestigieuse Faculté française de médecine à Beyrouth.

Son engagement militaire

Médecin irakien, il sert à titre étranger dans les FFL au Levant et en Libye en 1941, s’illustrant en particulier avec la 13ème DBLE à Bir Hakeim. Il effectue la Campagne d’Indochine en 1948 au sein du 1er Bataillon/ 5ème REI dont il est le médecin chef. Il sert ensuite en Algérie, commandant puis lieutenant/colonel au 1er RE, qu’il quitte en 1961 ; retraité en 1968.

Marcel Pahlawan avec son équipe en Algérie (coll. familiale)



Ses distinctions

Officier de la Légion d’Honneur, Croix de guerre 1939-45, Croix de guerre des TOE, Croix de la Valeur militaire, commémoratives d’Extrême-Orient et d’AFN, plusieurs fois cité.”

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Le lieutenant Pahlawan Marcel en LYBIE (1942), en képi

Marcel PALHAWAN Médecin en chef (r) relate ses souvenirs de Bir-Hakim

Marcel Pahlawan après son départ en retraite de l’armée
(coll. familiale).


La 1ère DFL, commandée par le général KOENIG, a quitté le Levant en janvier 1942, en direction de l’Egypte et de la Libye.

J’ai été affecté comme médecin aspirant au 22ème Groupement nord africain, composé d’officiers (Col LEQUESNE) et de tirailleurs algériens, tunisiens et marocains, ayant rallié le général DE GAULLE après la campagne fratricide entre les troupes du général DEUTZ et les Anglais alliés aux F.F.L. = bonne ambiance.


Après trois mois de combats, offensives et retraites devant l’AFRICA KORPS du général ROMMEL, on s’installe à BIR HAKIM. La première occupation consiste à creuser des tranchées et des postes de secours : un mètre de profondeur, bordés de sacs à sable et surmontées de toiles de tente, protections contre un soleil déjà ardent. Le ravitaillement se fait le soir (biscuits, boites de conserves, thé et un demi-litre d’eau).

La première attaque, par la division italienne «ARIETE» se termine par la destruction de 45 chars. Le médecin-chef de la brigade me charge de soigner les prisonniers – allemands (très disciplinés) et italiens (qui refusent de creuser les abris pour leurs officiers et qui se plaignent des rations d’eau). Vers le quatrième jour, le GSD et le camion opératoire sont détruits par l’aviation, malgré les emblèmes de la croix rouge, et les blessés sont gardés dans les abris de leur unité. J’ai pu disposer d’une lampe électrique, pour aller soigner la nuit, car la position est encerclée, les tirs d’artillerie continuels, avec cinq à dix raids d’avions (formations de 60 à 80) par jour. Une balle de F.M. traverse mon poste de secours … et ma chemise pour frapper le poignet de mon infirmier pendant que nous soignons un blessé.

Dans la soirée du 10 juin, le général KOENIG, qui a refusé de se rendre à trois reprises, décide une sortie à travers les lignes allemandes. N’ayant plus d’ambulances (deux détruites), j’ai pu caser mes blessés dans un camion de fusiliers marins et j’ai pu remonter le convoi jusqu’au champ de mines. Les Allemands lancent leurs fusées. On y voit comme en plein jour. J’ai pu soigner quelques blessés, avec les pansements de ma musette et je saute dans un véhicule qui est mitraillé et qui prend feu ; et à la descente, je me trouve dans un abri allemand, nid de mitrailleuses. Je me sens prisonnier jusqu’à la fin de la guerre.

Juste à ce moment, une chenillette de la 13ème DBLE fonce sur la position et j’ai pu profiter de la confusion générale pour m’échapper : course de 300 mètres dans le champ de bataille et je me trouve seul dans le désert, sans boussole pour m’orienter. Heureusement, je vois pointer les deux phares d’un véhicule à l’horizon. Je m’allonge derrière un monticule de sable pour attendre le passage du véhicule : pas de chance, c’est une ambulance allemande, grise avec croix gammée (nos véhicules sont peints en jaune). Mais j’entends parler français et je me souviens que le médecin-lieutenant DUVAL du 1er RAC avait récupéré une ambulance allemande pour remplacer la sienne détruite. Je me lance à sa poursuite -50 mètres- mais il n’est pas facile de courir dans le sable. Enfin, grâce à un ralentissement, j’arrive à m’accrocher à la portière et me laisse traîner pendant près de 10 km – jusqu’au point de rencontre avec le convoi anglais chargé de nous recueillir – à la grande surprise du lieutenant DUVAL.

A la suite de ce combat, j’ai été nommé lieutenant à titre exceptionnel pour faits de guerre et ai reçu ma première citation. J’ai été présenté au général DE GAULLE lors de sa visite au CAIRE et j’ai été affecté comme médecin-chef du 1er RAC, unité d’élite, commandée par un lieutenant colonel d’exception (CHAMPROSAY), avec qui j’ai participé à la bataille d’EL ALAMEIN, qui marquera un tournant victorieux dans la guerre mondiale 40-45.”

(Transcrit par Laurent Laloup le lundi 18 août 2008)

Marcel Pahlawan est décédé à l’âge de 94 ans le 26 janvier 2004 à Marseille 9e (13)

Mis en ligne par Jean-Marie Pefferkorn

Sources de l’article

www.birhakeim-association.org
www.francaislibres.net
francelibre.net
Photos (coll. famille Pahlawan)

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