Parmi les lycéens évadés de Bayonne en juin 1940, Jacques NURY (Train), était un ancien de Bir Hakeim

par Jean Marie PEFFERKORN
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Jacques Nury est né le 6 janvier 1921 à Biarritz (64), Il est décédé à Biarritz le 3 juin 2006 à l’âge de 85 ans. Lors de son engagement, à Londres en juillet 1940, il était étudiant.

L’évasion de Bayonne

Entre le 20 et le 24 juin 1940, trente élèves du lycée Marracq de Bayonne, deux collégiens de Saint-Bernard et trois employés de l’établissement réussissent à embarquer des ports basques à bord de cargos yougoslaves et polonais en direction de l’Angleterre. Répondant ainsi à l’appel du 18 juin du général de Gaulle et à leur désir de s’opposer aux Allemands en reprenant la lutte, ces premiers résistants d’Euzkadi deviennent rapidement par leur courage et leur épopée de véritables symboles et des modèles, imités par de nombreux autres volontaires.
Depuis le début du mois de juin 1940, quelques semaines avant l’arrivée des Allemands, les établissements scolaires de Bayonne et des villes voisines sont occupés par des soldats de diverses nationalités (polonaise, française de métropole, d’Afrique Noire…), mais également par de nombreux étudiants réfugiés, civils ou militaires : élèves des écoles préparatoires de Saint-Cyr, futurs polytechniciens, élèves pilotes de l’école d’aviation d’Avord. C’est justement par la proximité et l’exemple de tous ces jeunes refusant la défaite et les nazis, que les lycéens de Marracq trouvent la motivation et le courage d’accomplir en ce début d’été ce qui reste dans l’Histoire comme l’un des plus précoces et glorieux engagements de Basques dans la lutte contre l’occupant.
La cohabitation dans les locaux avec les troupes polonaises prêtes à embarquer, les défilés communs en ville avec les futurs Saint-Cyriens, les exercices militaires dans leur propre établissement, les chants patriotiques, associés à une ferme volonté de ces derniers de rallier l’Afrique du Nord ou l’Angleterre, ne peuvent en effet qu’inciter les jeunes Bayonnais à suivre leurs exemples et à se lancer dans l’aventure de l’exil et de la résistance. Toutefois, pour beaucoup d’entre eux, la motivation est plus personnelle et familiale. De nombreux foyers entendent en effet le 18 juin l’appel du général de Gaulle et encouragent leurs enfants dans cette initiative.
La décision arrêtée, les lycéens se heurtent au problème matériel du départ : comment dans cette période de cahot et de désolation trouver un moyen de transport qui permette de quitter le pays et de rejoindre l’Afrique du Nord ou l’Angleterre ? Si cette contrainte s’avère être un obstacle majeur, la solution vient de l’assistance des troupes polonaises qui sont cantonnées depuis plusieurs semaines dans Marracq. De nombreux liens d’amitié et de complicité entre étudiants et soldats sont nés durant cette période. Ces derniers offrent donc leur aide aux volontaires pour embarquer sur les cargos venus les évacuer. Prêtant des uniformes, déclenchant des bousculades sur les quais et « noyant » les Bayonnais dans la masse des troupes, ces combattants de l’est permettent ainsi aux jeunes Basques de franchir par petits groupes le triple barrage filtrant l’accession aux navires (gendarmes, gardes mobiles, marins).
La mairie de Saint-Jean-de-Luz a honorée, le 18 juin 2025, les 30 lycéens du lycée Marracq de Bayonne qui se sont embarqués sur un des bateaux polonais, le 21 juin 40, pour rejoindre Londres.

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liste des lycéens, collégiens et agents stagiaires du Lycée Marracq de Bayonne  et du collège Saint-Bernard.

Quatre premiers étudiants (Pierre Dres, Henri d’Alexis, Maurice Arrayet et Jacques Nury, collégiens à Saint Bernard), parviennent à monter le 21 juin à bord du Tsrat 739 T, bateau yougoslave arrivé de Swansea le 18 juin. Ils atteignent Cardiff le 24.
La majorité des lycéens s’embarque toutefois de Saint-Jean-de-Luz sur le paquebot polonais Batory, non sans mal et déguisés en soldats, pour rejoindre Plymouth et l’Angleterre, qu’ils touchent eux aussi le 24…
“Servant aux côtés des alliés durant toute la guerre, sur tous les fronts où les Forces Françaises Libres se sont illustrées, ces lycéens démontrent ainsi par leur volonté et leur courage que ce qui n’est encore considéré en 1940 que comme une « escapade de galopins irréfléchis », représente en réalité l’un des plus grands et précoces actes de résistance et de patriotisme de la côte basque pendant la seconde guerre mondiale”.
Benoit Laulhe – La Résistance au Pays Basque – Master U.P.P.A. – 2001 


Le parcours de Jacques Nury (par son fils Jean Daniel Nury)

Parti de Biarritz avec trois jeunes camarades le 19 juin 1940 à l’âge de 19 ans pour rejoindre les Forces Françaises Libres du Général de Gaulle à Londres, il embarquera de Liverpool pour l’Afrique.
Cette épopée le conduira de Dakar à Bir Hacheim en passant par Freetown en Sierra Leone, Douala au Cameroun, Durban en Afrique du Sud, Port Soudan en Mer Rouge, les campagnes d’Erythrée et de Syrie avec la victoire de Massaoua, puis Damas, l’Egypte avec Le Caire puis Beyrouth au Liban et enfin le désert de Lybie contre l’Afrika Korps de Rommel où il sera très grièvement blessé.

Jacques Nury, 4eme en partant de la gauche, en protection à Nebek, Syrie 1941.
Crédit: D.R – Tahitipresse – J.Daniel Nury © Photography collection privée

La photo prise à Nebek (ou An-Nabk), montre les soldats comme étant en « protection » sur la légende de la photo, se situe dans le contexte de la campagne de Syrie (mai-juillet 1941), où les Forces Françaises Libres (FFL) et les Alliés (Britanniques principalement) ont combattu les troupes de Vichy pour prendre le contrôle du Levant français.

  • Nebek se trouvait sur une des routes d’approche vers Homs et Alep, et le secteur a connu des combats, notamment la prise de Nebek par le Bataillon Colonial de l’Oubangui-Chari (BM 2) des FFL.


Jacques Nury , à droite avec son transport de troupe le “sans souci” à Bir Hacheim en mai/juin 1942. credit: D.R – Tahitipresse – J.Daniel Nury © Photography collection privée


A Bir Hacheim, 3600 Français Libres composés de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, des fusiliers-marins, du 1er bataillon du Pacifique, et du 2e bataillon de marche du Tchad, mettent en déroute la division blindée Ariete et tiennent seize jours devant deux divisions allemandes et sous les vagues répétées des bombardements en piqué des stukas et junkers avant de se dégager en force de l’étreinte ennemie.
Le 27 mai 1942, la position de Bir Hacheim, tenue par la 1ère Brigade Française Libre couvre le flanc gauche de la 8ème Armée Britannique. Attaquée par la division blindée italienne « ARIETE », elle soutient un combat acharné mené jusqu’à l’intérieur du point fort. L’ennemi, repoussé, laisse plus de 40 chars sur le terrain.
Du 1er au 10 juin, la position harcelée méthodiquement, est complètement encerclée par les forces allemandes et italiennes, en supériorité numérique écrasante. Rommel lui-même somme la garnison de se rendre et conduit les attaques. Malgré les tirs d’artillerie et les bombardements aériens les plus violents, la brigade repousse tous les assauts, ne cède pas un pouce de terrain, et inflige à l’ennemi des pertes élevées.
L’incroyable audace d’un groupe de volontaires du Train réussit, de nuit, à faire pénétrer dans la position un convoi de trente camions. Le 10 juin cependant, toutes les ressources en eau, vivres, munitions, sont à la veille d’être épuisées.
La garnison reçoit l’ordre du Commandant de la 8ème Armée Britannique de se replier.
Au cours de la nuit du 10 au 11 juin 1942, elle se fraie un passage de vive force à travers les lignes ennemies et les champs de mines, ramenant ses blessés et le matériel encore utilisable.
Par la résistance prolongée au-delà de tout espoir et dont le retentissement mondial fut immense, la 1ère Brigade Française Libre permit à la 8ème Armée Britannique de se dégager et de trouver le temps nécessaire au redressement de la situation à El Alamein.

Aux Français, alors sous l’oppression allemande, elle confirmera leur foi en leurs destinées et en la victoire. En pleine bataille le Général de Gaulle dira au Général Kœnig commandant les troupes à Bir Hacheim :

« Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil »

Cité à l’ordre de l’armée par le Général de Gaulle, mon père, « Jeune conducteur animé du plus pur esprit de sacrifice, volontaire pour toutes les missions dangereuses, dans la nuit du 10 au 11 juin 1942 pendant la sortie de vive force de Bir Hacheim, faisant partie d’un convoi transportant des blessés graves, a eu la cuisse fracassée par une balle explosive, a malgré sa blessure continué sa route pour sortir de la zone dangereuse »


Jacques Nury , grièvement blessé à l’hôpital anglais de Sérephan, en Palestine, en septembre 1942.
Crédit: D.R – Tahitipresse – J.Daniel Nury © Photography collection privée


Le 11 juin 1942 le Daily Herald titrait
« La défense de Bir Hacheim est un des plus splendides exploits de la guerre. Il est digne de la tradition militaire à laquelle ses défenseurs appartiennent. Les hommes de Bir Hacheim sont les dignes héritiers des hommes qui combattirent sous Duguesclin, Bayard, Condé, Napoléon, Foch »

Le 16 juin 1942, dans un message radiodiffusé, le Général de Gaulle dira « La nation a tressailli de fierté en apprenant ce qu’ont fait ses soldats à Bir Hacheim. Braves et purs enfants de France qui viennent d’écrire avec leur sang une des plus belles pages de notre gloire »

Mon père, ce héros discret, était l’un d’eux et j’en suis fier“.

Jean-Daniel Nury

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Jacques Nury était Officier de la Légion d’honneur, Médaille militaire,
Croix de guerre avec palme, Médaille de la résistance..

Source: Tahitipresse – J.Daniel Nury © Photography collection privée


Sources de l’article : Françaislibres.net

Mise en ligne: Jean-Marie Pefferkorn

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