
1921 / 2005
(Crédit photo: Frédéric Bruyelle)
Michel Bourgeois rallie la France libre à Londres le 7 juillet 1940, au terme d’un voyage allant de Sète à Liverpool, en passant par Gibraltar. Volontaire en septembre 1941 pour le Moyen-Orient, il quitte le camp de Camberley et embarque sur le « Chantilly », un bâtiment des Messageries Maritimes. Une panne de machines survenue au Cap, le contraint à continuer son périple en train jusqu’à Aden.
Il rejoint Beyrouth, où deux affectations lui sont proposées : la Légion Étrangère ou les Bataillons de Marche. Il choisit le BM 11 dirigé par le commandant Langlois qui le nomme à la tête d’une section de mortiers de 81. Michel Bourgeois participe aux combats de la campagne de Lybie. Quelques temps plus tard, il est atteint du scorbut et retourne à Beyrouth.
Après son rétablissement, il collabore aux services administratifs de la France Libre de Tripoli, en attendant son retour en Grande-Bretagne. Il retourne à Liverpool à bord du « Mariposa ».

Vue aérienne du Mariposa en mars 1944.
(Crédit photo: Wikimedia Commons)
La carrière de Michel Bourgeois connait ensuite un tournant remarquable. Il est breveté parachutiste au Polish Training Center d’Edinbourgh. Volontaire pour le BCRA, il débarque, en février 1944, du bord d’une vedette lance-torpilles sur la plage de Plouha.
Il débute immédiatement sa mission en Bretagne qui est d’identifier des terrains d’atterrissage pour Lysander et des dropping zone pour les largages de matériel.


Son action prend terme quatre mois plus tard lorsqu’il est dénoncé aux allemands. Il est arrêté, interrogé puis déporté à Bergen Belsen.
Extrait d’un interview pour le quotidien La Croix “Rescapé du camp de Bergen-Belsen”
“L’arrivée au camp était une plongée si radicalement « hors de toute référence connue » que l’entendement ne pouvait ni suivre ni digérer. Durant quatre mois, je suis demeuré en état de choc, sans pouvoir nommer ce que je vivais. Puis j’ai commencé à découvrir un système de dégradation implacable et très bien rodé. Les SS ont toujours dit ne jamais tuer un homme. Il fallait donc que tout leur endoctrinement, parfois depuis le berceau, les conduisent à la conviction qu’ils n’avaient plus des hommes en face d’eux mais des Stücke, des morceaux, de la merde….
Mon retour dans le monde civilisé s’est fait très lentement. J’étais comme une lame très dure sans fourreau. Je n’avais plus ni pudeur ni affection. J’ai mis des années à reconstruire ces sentiments annihilés. Peu à peu, cette brisure sans fond s’est transformée. Dans les camps, j’avais médité « le grain qui meurt » et j’étais sûr de la présence de Jésus-Christ au fond de tout homme.
Un jour, une fille remarquable que j’avais connue dans la Résistance m’a invité à manger chez elle. Nous nous sommes regardés, nous n’avons ni parlé ni mangé. Nous visions l’un et l’autre tellement autre chose. Je n’étais plus qu’un tas d’os, qu’un amas de souffrances plus spirituelles que physiques. Elle a mis ses bras autour de mon cou et nous sommes restés je ne sais combien d’heures comme ça.
J’ai senti l’humain qui rentrait un peu en moi. C’est pour cela que, lorsque je rencontre un « paumé » qui me dit : « je ne sais pas ce qu’est l’affection », nous nous retrouvons dans un manque commun“.
Michel Bourgeois
Michel Bourgeois survit à cette épreuve et devient prêtre peu après son retour en France. Il décède le 02 février 2005, à Anneville-en-Saire.
Sources de l’article : francaislibres.net
Mise en ligne : Jean-Marie Pefferkorn
